En face, des regards qui arrachent ton
visage
Reste ta figure immobile, grammaticale
Suspendue aux crochets d’une vérité
sans paupière
L’œil pur qui te fixe dans tes yeux
Sans faiblir et sans ciller, l’œil pur
Te suit
et te voilà à avaler les larmes amères
De sa vision religieuse et de son
absolu
Tu n’as pourtant plus de visage
Mais ta figure au milieu de la cible
De tes yeux ne peut fuir l’œil pur qui
les fixe
Et tu n’as plus de mains, tu n’as plus de
bras
Pour étreindre sa lumière refroidie qui
te tue
Pour réchauffer sa banquise d’injures
Pour aimer ce qui te hait.
Mais dans tes yeux sans visage, le trou
noire de ta pupille
Où tu engloutiras le mal comme le bien
Tes amis, tes ennemis, ta femme, ta maîtresse
Figure lisse, plus rien n’indiquera la
prise, là où on te prend
Te tiraille, te traîne, te secoue et
t’égorge
On te croira aveugle, tu ressembleras à
un bovin
Mais dans ta cécité obligée tu verras
ce que les autres ne voient pas
Que tu n’es pas une viande à équarrir,
souillée de la bave
De mâchoires ivres d’humanité et de
justice
Tu enfermeras aussi la justice et ses
palais
Et jamais plus tu ne déferras
Devant ce juge au sexe tranché
Et à l’œil pur
Qui te fixe dans les yeux.
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