mercredi 15 octobre 2014

Chemins de la ville basse (13)

Mes semelles portent les empreintes et les odeurs des lieux que j'ai traversés ; ils laissent dans mon âme un dépôt de souvenirs blancs
et ainsi  j'observe les choses présentes à travers ce double du monde
qui s'offre à elles comme si la mémoire donnait au présent la dimension de ma conscience

Il n'y a pas cet arbre mais la conscience de cet arbre
et ce papillon voletant est un être qui bouge dans ma conscience;
en mouvement il a un avant et un après
et l'amnésie ôte le temps aux êtres et aux choses
et le monde, devenu insubstantiel, n'est que le vide où plus rien ne  passe

Sans conscience, le monde n'est plus le monde mais la mémoire l'altère en le faisant substance.

Cette substance où se disloquent les chemins de mon âme
où se découvrent et se déconcertent les pensées personnelles 
où, encombrée de théories et de doctrines, de vérités et de prêches,
de vitalités géométriques et d'aspirations canoniques, elle oublie qu'elle est sans appui et sans alliés, seule en elle-même, et rien en elle n'a d'extérieur ni de dehors

Et cette substance où nul, vivant à naître et à mourir, n'a le pouvoir de s'échapper, la voici dans un chant de fifre, dans un tremblement de terre, dans le salut qu'échangent deux personnes, dans le frisson d'une feuille, là voici encore dans ces ailes de papillon et ces irruptions de colère, ou encore dans la vertu ou le crime, cette substance, mère éternelle, increvable, qui n'est que le surgissement sans cesse répété de la répétition perpétuelle, de la faim inassouvie, des désirs qui se braquent dans leurs incertitudes, des incertitudes forgées par les habitudes, des habitudes qui deviennent des religions et des religions qui refusent les dieux

C'est dans cette substance où rester, où partir chante le même air convaincu de l'inutile et du vain, c'est dans cette substance commune où comme mes frères et mes soeurs je noie mes espoirs et ma foi, et sens plus que jamais l'inutilité des êtres et des choix, dans ce désert peuplé où se cachent les places qui n'ont pas de lieux et qui - pensé-je - m'attendent pourtant parmi la foule des impatiences fatiguées et des paix sans lumière

Il faudra rire et pleurer, se souvenir et oublier, jouir et souffrir, dans cette substance où je vis comme le temps qui l'accepte et qui l'aime.







What do you want to do ?
New mail

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire