mercredi 24 février 2016

Eau lente, mailles de jonc (9)


Nuit d'entre les nuits
Noire plus noire encore
Parmi le sombre et l'indistinct
Plus vain  que le clair
Un bref passage et la lune
Comme yeux obscurs dans le soir

(Parfois de rares ramures accrochent un fragment
- Fraicheur sous les bois)

mercredi 17 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (8)

Un  vent intérieur à ciel ouvert, père des aurores et des morts,
    a élevé des digues de deuil et contenu ce qui s'échappe ;
    au centre des heures, un poème a glissé de l'idée,  sans route et  
    sans chemin, havre seulement du  lendemain ou de l'éventuel,
    au présent de toujours, et de ce qui reste a retenu ce qui a fui

Car il garde et guide  ce qui se refuse et abandonne ce qui  
   se libère ; l'obscurité est son milieu et sa tendresse par où passe     
   ce qui, mort,   en ressortira vivant, l'obscurité est son domaine  
   privé et de ses graines germent des fleurs d'ombres qui     
   croissent loin des opinions et des instincts.

C'est une matière qui ne se pénètre pas, une chair noire où 
   croupissent  les idées, comme un chant de baleine aux fleurs 
    nocturnes, une matière inféconde aux naissances blêmes que ne   
   portent aucun nom, dans une chambre froide où s'accrochent des 
   indifférences aux fragilités de gel.

Dans ces errances de songes, ces mers de glaces instables, ces îles  
   qui s'égarent, partent puis reviennent, ces demeures de nuages,   
   ces fragments de chants où meurent les rossignols, dans ces
   alignements et ces enjambements, dans ces racines ligneuses à 
   fleurs de roches, rien, rien qu'un souffle de paix et de chagrins
   
Ainsi de ce qui choit de l'idée, sur des routes d'innocence que les
   directions ignorent, les choses minces que contiennent les mots.         

dimanche 14 février 2016

Eau lente, mailles de jonc (7)

En toi
Des mots, et la peur que caressent les murailles
Au fond de ton empire
Dans les coins où tu gémis
Le pollen de l'effroi
Dans ta nuit
L'angoisse du jour
Qu'un jour
De tes bras  l'aube née
Imprimera
Dans l'inconnu à jamais 
de ton visage

Bleu et doux
Comme la sauvagerie
De ton regard



Eau lente, mailles de jonc (6)

On aimerait des désastres purs
Comme des neiges sans taches
Sur une terre aimante
Mais le fer n'a pas de ces accomodements
Il ne négocie pas
Le fer a autorité
Et le brûlant lui est soumis
Le fer, cependant, brûle aussi
Et danse sur les pervenches
Seulement
Lorsque tes yeux sont la paix


Eau lente, mailles de joncs (5)

Auprès des reflets marins
Comme un poisson aveugle
Plus encore que cécitaire
Des vallées de roches et de nuits

Plus encore que nue
Plus nue que nue sous la peau
Jusqu'au nu impossible la peau retournée
Ce qui fait pencher mai et puis septembre

Puissance rutilante des sillages
Et ton printemps que j'ai suivi
Eteignant tous mes hivers
Parmi mes pas et mes songes

Il y a un miroir
Qui dort parmi les étoiles
Un miroir de fontaines et de pluies
Et l'été comme le deuil de mon reflet

Je t'ai née aimée
Et mes mains libres
Ont caressé ton sexe
Lorsque la grâce enfin  s'est posée
Comme l'image de mon ombre

Eau lente, mailles de joncs (4)

Feu en habit de marié
Silencieux en son coeur
Comme une proie affamée
Appelle son bourreau

Feu penché sur le diaphane
Flottant dans le souffle liquide
Tout en venin d'errance
Les vipères dans le ventre

Feu gardien des nuits
Puis en lumière bleuie
Ce qui se veut et ce qui se tourne
Plus loin, si loin de l'âme

Car seule est-elle
Car seule en son être
Elle est sa terre
Et ne peut être autre

Même le feu
Non le feu
N'y peut rien. 

samedi 13 février 2016

Des Mille et des Cent (5)

Mille récits dans le silence des traces et des énigmes
Mille marées en sourdine devant la fureur des demains
Mille horizons sous mes yeux d'épi et de brume

Pourtant

Mille mots immobiles
Sous la langue blême
Qu'empoisonne le silence
Et que hait la blancheur

vendredi 12 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (3)




Sous la peau des enfances
Le vent bientôt a conduit ses ombres
Dans les cosses matures
La cécité s'est faite jour
Les vertes inscriptions 
Ont fondu dans l'étoffe
Des mots de l'accompli

Les enfances de neige
Aux transparences argentines
Ont tendu leurs paumes
Vers un ciel éteint
Le soleil s'est refroidi
Et dans la nuit étendue
Des mots durs et sans plaisir

Parfois une nef de givre
Eblouit la mémoire livide
C'est le berceau d'amour
Où le vieil équipage d'antan
S'endort en criant




jeudi 28 janvier 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (6)


Pour les soirs aux palmes errantes qui logent sous les sables de la nuit, dans les forêts où s'abreuvent les sources parmi les palétuviers d'argent et les rêves aux souffles courts. Pour les vagues amères aux  Orients de sel que le temps et l'amour ont ôté des marées de vent et emprisonnés dans des arches oubliés des ans. Pour les fossiles, les os et le sang séché où s'endorment les fables métronomes lorsqu'endormies dans la couche des siècles, elles négligent l'enfant et ses voiles de tulle. Pour les grandes courses d'exil lorsque les villes, repues, se referment de leurs silences et les vaisseaux de briques s'envolent aux nuées souveraines. Pour les granges célestes, d'Atlante et d'ailleurs, que des voix de pluie dissimulent sous la tente des bédouins quand les boucles du vent nomade soupirent entre les collines et les havres.  Pour tout ce qui se creuse, s'écarte et s'évanouit comme ces taches d'encre sur un ciel gris et le doigt tendu vers une lune absente. Pour les hérons des hauts plateaux qu'enchantent la romance des morts alors que des souvenirs d'ajonc s'encombrent sous les peaux et les plumes et les fards. Pour la mémoire des reins, de ce qui s'est écoulé du sommet de l'âme jusqu'à la chair la plus crue, la plus sombre, la plus tortueuse comme une palpitation enténébrée de lin vert et  d'orge noir. Pour les prestigieux navires dont le sillage de feuilles a semé l'oubli et que le souffle du Nord a éparpillé dans un océan où jouent des violons d'azur. Pour les regrets de ce qui jamais n'est advenu dans  les temps du présent et dont les hommes font commerce aux ports où s'échangent les mirages. Pour le sec et l'humide, qu'au crépuscule chassent les faucons et les hyènes, affamées déjà de chaleur et de glace et qui volent sous un ciel d'ébène où le silence n'est que noirceur. Pour ceux qui tendent des filets aux prairies et qui donnent sans un mot le secret de la terre là où personne ne peut entendre. Pour les émanations de varech et les souffles aux verbes clos, une oreille muette qui parle la langue des ânes aux velours d'argent. Pour le repos des astres, après la nuit couchée et le jour peureux, le temps tu et l'espace clos, et Neptune qui ondoie de sa queue de poussière et nage dans les coulisses des vies abstraites (là où n'existent plus que les mots soustraits de l'ordure des heures). Pour les songes et leurs fantômes que des spectres de sang vendent aux formes passantes, ombres sur ombres dans les cercles de l'obscur. Pour les rivages aux femmes taiseuses, l'offrande à jamais l'offrande du lait du monde, aux femmes taiseuses et aux vagues qui les élèvent. Pour les estuaires d'au delà des rives, qui répandent des pierres chaudes dans nos mains avides pendant que la nuit, encore elle, toujours elle, grandit dans le dos de l'obscur. Pour le verbe et les stances aux veines d'équinoxe lorsque des mains égarées plongent dans l'encre des saisons la plume qui les assassinent. Pour ceux qui marchent, courent et s'épuisent à tourner sur des chemins illisibles où déjà des voiles endormies, meurtries et trompées ont échoué leurs âmes déchues. Pour le feux des orages qui ouvrent des pistes aux fruits vides et inféconds et qui percent sous nos lèvres dans des foudres aux éclairs impassibles. Pour ces baisers aux désespoirs sonores qui aspirent à des chairs qui se dérobent et se refusent quand même elles s'offrent, ouvertes et béantes, sanguinaires et meurtrières. Pour les fuyards, au bord des landes, quand l'horizon a baissé ses paupières, et qui se cachent sous les marais, nourris de fermentation et de pourriture, dans l'attente d'une peau lumineuse. Pour le vertige qui saisit les gouffres lorsque l'abîme doit s'enjamber lui-même, avec tout ce vide qui se vide de son néant. Pour ceux qui se fâchent de leurs désirs et que la volonté désertent comme une liberté desséchée dans un printemps éteint. Pour les traces du ciel, pauvre et misérable,  que tissent les pages et le papier, fragments où les doigts se perdent. Pour les alliances où s'accordent ce qui ne se peut, le cube et la sphère, le vide et le plein, où s'aiment le contradictoire et encore les alizés de vie qui répandent leurs parfums sur toute existence. Pour les haleines qui encombrent les mers, où des chiffres écarlates inscrivent leur mystère tranquille. Pour celui qui sommeille dans des rivières nues et se réveille dans des océans de glycines et de grège, et au-dessus le rêve des corneilles quand l'âme les prend et que s'envolent dans l'indistinct la nécessité des ailes.

Mais la nuit se meurt et, dans les jours, qui serpentent dans ce qui s'en évade, les corneilles attendent, suspendues aux cris des aubes, que les coffres d'or se dissipent et l'entassement s'éparpillent dans les gouffres qui rampent sous nos pieds, dans le fond sans limite où tout s'accorde et s'efface.

Toi, qui sait que l'accumulation de l'inerte et de l'insensible, l'amas des titres et des grandeurs, l'assemblage des honneurs aurifères et des gloires argentines, la balance des additions et des soustractions sont urine de peu balayée dans le vent qui passe, toi donc prends des vaisseaux sans espace et vogue sur un temps qui n'est et qui n'a que toi.

jeudi 21 janvier 2016

Eau lente, mailles de joncs (2)

Portails en fleurs closes sous la source vague
J'ai couvé les secrets qui naissent sous les pas
Sur des routes hagardes qui conduisent sous la mer

Là où la blessure se traine comme une lumière plantée dans la terre
Là où le masque et ses écorchures tendent une main profonde
Là où l'orgueil que je suis culmine dans le désert des mots superflus

Et sur ces routes déchirées couvertes d'un voile de deuil
Celles qui creusent les mers où mes croyances naviguent
Sur ces avenues aquatiques des radeaux sous-marins

Hissent leurs feux dans les eaux où poissonnent les joncs
J'appelle ruisseaux et rivières, fleuves et torrents
A noyer les chemins de pluies où mon souffle attend