mercredi 2 mars 2016

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (7)


Ce sont les contrées qui parlent....

Dans l'anonymat des marées, des poissons aux ventres ouverts
vomissent une glaise nourricière d'épis et de joncs... Et sous le vent des morts, de petits lézards parlent sous la langue... des plumes  alors font tourner les meules... Les graines se répandent comme des épices dans la farine du temps...Et ce sont des ombres sucrées maintenant qui habillent les hommes, des ombres que chantent les méprises, l'obscur dont se revêt le babil des anges...Le grand hivernage des choses...

Ce sont les contrées qui parlent....

De lieux épais et désertés, endormis dans le temps, aux balcons où s'attendent les aubes, suspendus aux gestes invisibles de ce qui pourtant se produit, 
De silences nus et inouïs, repos des lèvres en péril, aux latitudes lasses, par delà les méridiens où sonnent encore la trompe des combats tus,
Et aussi de tes mains d'éveil, qui achèvent ma saison, comme une terre niée qui ne vit que de sa mort...Comme des ailes sur la face sombre des choses, comme lait et miel dans les battements farouches où résident les hommes...

Ce sont les contrées qui parlent...

Aux cécités froides qui se croisent là où on voudrait des semoules en flamme, où les péchés d'hier sont les grâces de demain comme les manifestes d' avril dont rêve le mensonge des saisons,
Aux artifices qui brillent sous la pluie des voyelles qu'on sonne la nuit comme mâtines de l'inespérée insignifiance...qui empêche les tombes de se clore...Comme une transe du vent, celui qui hurle au fond des terriers...
Aux songes des chiens quand l'exil s'éveille du fond des niches, exil  de néant sous la vigne du vide... Les raisins du crépuscule depuis les rivages les plus anciens enfouis déjà dans le ventre des femmes...

Ce sont les contrées qui parlent...

Sous le bourdonnement des ans et les élytres des jours, parmi les libellules de l'enfance et le matin des Rois, dans le fracas des siècles et les torrents bruissants des aurores amères,  là se rassemblent sans cesse les forces souveraines qui lèvent les déchéances et les ascensions diaphanes ... Les empires lumineux dorment dans les plaies que les hommes étirent dans le sable de ce qui s'agite en silence...
Comme des flibustiers au bord des ouragans ou des braconniers sur les pistes de la vérité, comme une terre neuve où les femmes enroulent leurs naissances étrangères dans le coton du soir qui dort, comme un visage à l'entrée du désert quand les paupières s'évadent de la prison du regard...

Ce sont les contrées qui parlent...

Et c'est un souffle incurable qui dédicace de son fruit de roche la peau de nos pensées aux vanités d'automne, de papier et de lin.



Dans les caniveaux d'entre les confins, de petits crachats sanguinolents.

Dans les ruelles, les fosses et les maisons de maîtres, au centre des confins,

L'urine et l'excrément.



jeudi 25 février 2016

Eau lente, Mailles de jonc (10)

Enigmes des routes et des lignes
Plus sanguines que sentes de pluie
Un chant se meurt d'être né
Seul s'écoute la parole morte


mercredi 24 février 2016

Eau lente, mailles de jonc (9)


Nuit d'entre les nuits
Noire plus noire encore
Parmi le sombre et l'indistinct
Plus vain  que le clair
Un bref passage et la lune
Comme yeux obscurs dans le soir

(Parfois de rares ramures accrochent un fragment
- Fraicheur sous les bois)

mercredi 17 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (8)

Un  vent intérieur à ciel ouvert, père des aurores et des morts,
    a élevé des digues de deuil et contenu ce qui s'échappe ;
    au centre des heures, un poème a glissé de l'idée,  sans route et  
    sans chemin, havre seulement du  lendemain ou de l'éventuel,
    au présent de toujours, et de ce qui reste a retenu ce qui a fui

Car il garde et guide  ce qui se refuse et abandonne ce qui  
   se libère ; l'obscurité est son milieu et sa tendresse par où passe     
   ce qui, mort,   en ressortira vivant, l'obscurité est son domaine  
   privé et de ses graines germent des fleurs d'ombres qui     
   croissent loin des opinions et des instincts.

C'est une matière qui ne se pénètre pas, une chair noire où 
   croupissent  les idées, comme un chant de baleine aux fleurs 
    nocturnes, une matière inféconde aux naissances blêmes que ne   
   portent aucun nom, dans une chambre froide où s'accrochent des 
   indifférences aux fragilités de gel.

Dans ces errances de songes, ces mers de glaces instables, ces îles  
   qui s'égarent, partent puis reviennent, ces demeures de nuages,   
   ces fragments de chants où meurent les rossignols, dans ces
   alignements et ces enjambements, dans ces racines ligneuses à 
   fleurs de roches, rien, rien qu'un souffle de paix et de chagrins
   
Ainsi de ce qui choit de l'idée, sur des routes d'innocence que les
   directions ignorent, les choses minces que contiennent les mots.         

dimanche 14 février 2016

Eau lente, mailles de jonc (7)

En toi
Des mots, et la peur que caressent les murailles
Au fond de ton empire
Dans les coins où tu gémis
Le pollen de l'effroi
Dans ta nuit
L'angoisse du jour
Qu'un jour
De tes bras  l'aube née
Imprimera
Dans l'inconnu à jamais 
de ton visage

Bleu et doux
Comme la sauvagerie
De ton regard



Eau lente, mailles de jonc (6)

On aimerait des désastres purs
Comme des neiges sans taches
Sur une terre aimante
Mais le fer n'a pas de ces accomodements
Il ne négocie pas
Le fer a autorité
Et le brûlant lui est soumis
Le fer, cependant, brûle aussi
Et danse sur les pervenches
Seulement
Lorsque tes yeux sont la paix


Eau lente, mailles de joncs (5)

Auprès des reflets marins
Comme un poisson aveugle
Plus encore que cécitaire
Des vallées de roches et de nuits

Plus encore que nue
Plus nue que nue sous la peau
Jusqu'au nu impossible la peau retournée
Ce qui fait pencher mai et puis septembre

Puissance rutilante des sillages
Et ton printemps que j'ai suivi
Eteignant tous mes hivers
Parmi mes pas et mes songes

Il y a un miroir
Qui dort parmi les étoiles
Un miroir de fontaines et de pluies
Et l'été comme le deuil de mon reflet

Je t'ai née aimée
Et mes mains libres
Ont caressé ton sexe
Lorsque la grâce enfin  s'est posée
Comme l'image de mon ombre

Eau lente, mailles de joncs (4)

Feu en habit de marié
Silencieux en son coeur
Comme une proie affamée
Appelle son bourreau

Feu penché sur le diaphane
Flottant dans le souffle liquide
Tout en venin d'errance
Les vipères dans le ventre

Feu gardien des nuits
Puis en lumière bleuie
Ce qui se veut et ce qui se tourne
Plus loin, si loin de l'âme

Car seule est-elle
Car seule en son être
Elle est sa terre
Et ne peut être autre

Même le feu
Non le feu
N'y peut rien. 

samedi 13 février 2016

Des Mille et des Cent (5)

Mille récits dans le silence des traces et des énigmes
Mille marées en sourdine devant la fureur des demains
Mille horizons sous mes yeux d'épi et de brume

Pourtant

Mille mots immobiles
Sous la langue blême
Qu'empoisonne le silence
Et que hait la blancheur

vendredi 12 février 2016

Eau lente, mailles de joncs (3)




Sous la peau des enfances
Le vent bientôt a conduit ses ombres
Dans les cosses matures
La cécité s'est faite jour
Les vertes inscriptions 
Ont fondu dans l'étoffe
Des mots de l'accompli

Les enfances de neige
Aux transparences argentines
Ont tendu leurs paumes
Vers un ciel éteint
Le soleil s'est refroidi
Et dans la nuit étendue
Des mots durs et sans plaisir

Parfois une nef de givre
Eblouit la mémoire livide
C'est le berceau d'amour
Où le vieil équipage d'antan
S'endort en criant