J’ai tenté
ce qu’on ne peut
percer la sombre écaille
pas plus qu’à l’aube
ramasser les cendres d’hiver
Je guette à la lisière du vent
Un feu figé de glace et de neige
J’ai tenté
ce qu’on ne peut
percer la sombre écaille
pas plus qu’à l’aube
ramasser les cendres d’hiver
Je guette à la lisière du vent
Un feu figé de glace et de neige
Ce sont lèvres de silence
potins de caillasse
commérages de clôturesignorant ce qui affleure et caresse
Sonnent et trompes et cors
d’une pesante et même langue
Ici, seul ce qui est empêché
tient voix et permanence
Ces murs ont l'épaisseur bavarde
C’est d'un sang de fiel
palpitant dans leurs songes
qu'un poison s’évapore
Reste la sueur vénéneuse
dont se couvrent les jours
De l’encre éclosent des ruines
Le don de l’inaccompli délie sa corolle
Le gel prend la mer
la vague se meurt et les épaves sombrent à quai
Sous les débâcles d’hiver
Un vaisseau de banquise traverse le désert nu
C’est de la pierre qu’il faut voir
du gel qu’il faut veiller l’éveil de la fleur inerte
Aux printemps rebelles
Où, dans le soir qui vit, deviner le corail ?
Comment chercher la pierre à midi ?
N'étant jamais là où il est
Lorsque la lumière dissimule la lumière
On happe des contours
présume des profils
L’espérance est la foi en ce peu
Ce qui s’échoue appareille
dans cette terre renouvelée et toujours
invaincue, insoumise, impérative
qui attend et menace
Les futaies, les taillis plus profonds encore
où règnent les laies farouches
L’énigme est sauvage
elle est injonction de chair
Être enfin découvert
vu pour être invisible
tranquille en sa tanière
Illisible en sa lettre
Pas de passage entre les souffles
Fragments du vent
restent chacun à demeure
Ce sont sentiers étroits
pistes brisées le long du cercle
où se ravivent les transparences
d’une même nuit
Lueur indivisible
Soutirant à la terre qui gît
La teinte qui se gonfle sous l’averse
Pays d’ombres aux clartés isolées
toutes voiles affalées
toutes voiles dehors
vers la source sans source
pour y mêler leurs éclats intimes
Au seuil tragique, j’arrête mon pas
Les multitudes guettent le passage
vers l’immobile abri,
cette plaine vide et sans limite
La porte par moment consent
Au miracle des clés
Lorsque les serrures enfin se parlent
Et sous des nuages colibris
Parmi les prairies roses
Des ruisseaux naissent
Et des forces s’affrontent
L’esquisse ébauche un songe
où s’abreuvent les deux mondes
étranges emboitements
d'une rhétorique d’absence
L’immensité ne s’offre pas
Elle a l’espérance des naufrages sans fin
Rien ne l’arrime aux refrains du rivage
Elle récidive dans le silence qui est tout
L’immensité étend ses chants aériens
Au delà de l’ouïe intime
Et trouve pourtant sa demeure
Dans le galet roulant sous les pieds
Source sans origine
ses gîtes sont les non lieux
les chemins creux où l’aubépine fleurit
les heures aussi où les lèvres se fondent
" Quand on entend les voix qu'on aime, pn n'a pas besoin de comprendre les mots qu'elles disent" V.Hugo - Les Misérables
De mille morts souffle le vent
à la cardinalité absente
Pour se glisser sous les eaux
et polir le galet réticent
Mais aujourd'hui
le tuffeau se refuse aux marées
comme un orage silencieux
et sans éclair
Puisse le sang m'aviser assez tôt
et m'abstenir de noces crédules
Cette terre séquestrée
inconnue du ciel
méprisée des pluies
s’inonde de soifs âpres
Le soleil lui brûlerait les racines
Est à elle-même sa propre ombre
la sève s’embrase
des rameaux pâles s’élèvent dans l’opaque
On s’exagère le précis
Lorsque le flou préside à la vague
Et que le ferme s’égare dans le souple
Miettes d’immuable
Cueillies aux avrils fraudeurs.
J’écris avec une faux
Sur les lignes liquides
D’un marais aride
Quelques lettres de sable
L’épitaphe froide
Où gronde la boue sèche
S’étendent ses mots
Signaux calcaires
Qui épurent les choses
Une forme ronde
Où tout se fond.