Ce qui s'écartent des chemins est aussi un chemin
On a beau faire rien n'échappe aux traces de ses pas
On a beau dire les collines traversées
Restent des collines traversées
Et les routes empruntées toujours des routes empruntées
Tout - routes, chemins, collines et forêts -
S'inclinent vers les matins
Comme un salut anticipé
Adressé au couronnement de la nuit
Peut-être faudrait-il dresser une géographie des à-côtés
Mais l'impossibilité illumine la tentative d'une lumière narquoise:
Les ravins espérés sont les ravins de tous
Et les routes qui les suggèrent
Baignent toutes dans l'ombre commune
Il n'y a ni traverses ni dérives
Juste la mer et ses courants
Qui filent par ci, par là
Froids, tièdes et chauds.
mardi 21 octobre 2014
Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (44)
Les
visages se sont mêlés puis envolés et les figures sont restées seules, fuyantes
et anéanties, les formes précaires et changeantes. Une terre vague,
transparente et sans épaisseur, les bordent comme un lac aérien aux eaux
diaphanes et à la surface infinie qui offrirait à nos yeux sans paupières
l’écrin caché de l’indicible vide du souvenir.
Des
miroirs brisés, couchés dans la neutralité indolore de ce coma figé, reflètent
seulement des miroirs brisés aux reflets de miroirs brisés et, de ces bris de
mirages irisés de détresse, je dresse, continûment et sans le savoir,
l’inventaire amorphe de ce qui n’a peut-être jamais exister. Peut-on être sûr
de notre naissance même quand tout, toujours, s’évanouit dans les nuages
d’instants sans descendance.
Ma
mémoire n’a plus de doigts, plus de mains et semble faite pour l’oubli même de
l’oubli. J’appelle, et rien au fond de moi, ne répond à cet appel qu’un autre
appel qui me cerne et m’enferme comme un écho persistant dans une
casemate de marbre. Je vois pourtant dans ma distance intérieure d’abord
l’image du passé et ensuite le passé de cette image.
Derrière
ces figures mortes, j’ai traversé des prairies grises engourdies dans la promesse
d’un été impossible.
Derrière
ces figures mortes, j’ai vu des épis de
lumière fugace s’ouvrir sur des chairs d’ombre et d’argile.
Derrière
ces figures mortes, j’ai senti un dard
assoiffé de peine frapper comme une rage d’acier l’oubli du temps.
La
mémoire est un arrêt vide dans une matière assiégée par les grandes métropoles
des souvenirs.
dimanche 19 octobre 2014
Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (43)
La
certitude refuse au sol
L’obéissance
élastique et souple
De
l’irrégularité.
Elle
épure et aligne
Accidents
et bosses
Sur
les degrés de son échelle.
L’indécision
dénie à la terre
La
possibilité d’une trace
Même
vague et improbable
Elle
inspire et apprécie
Le
mou et le détendu
Sur
sa métrique liquide.
Toutes
deux ne concèdent rien.
Les
temps couronneront-ils un jour
Une
social-démocratie des éléments ?
samedi 18 octobre 2014
Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (42)
L’antérieur est un beau parleur
Qui
adapte ses angles
Et
ajuste ses fables.
Il
a la métaphore
Bavarde,
Comme
l’origine d’un écho.
Si
on ne suit pas l’antérieur
C’est
qu’il marche
A reculons
Et
prétend se précéder lui-même.
Sillage
qui s’ouvre devant
Toi,
Il
te vide et t’explique.
Partout
où le Temps est
Il
te recouvre de sa tunique
Sans
couture
Et
il n’est d’itinéraire
Qu’il
n’ait endetté.
Seul, le pas suprême l’exile.
Pourtant
tu passes ton temps
A ne pas mourir.
A ne pas mourir.
Rumeurs des Jours et des Nuits (43)
Je vois et entends ce qui se produit et non la cause qui le produit
Un estuaire qui se jette dans sa mer
La rose qui oscille
Le hêtre qui s'abat
La vague qui revient
Je le vois et l'entends
Et refuse de juger
Ce qui se prête pourtant à jugement
Alors l'esprit irrigué par le poids du sang
Qui inonde et alourdit mon corps
Je marche et trébuche
Sur des sentes
Qui plongent sous les mers .
Un estuaire qui se jette dans sa mer
La rose qui oscille
Le hêtre qui s'abat
La vague qui revient
Je le vois et l'entends
Et refuse de juger
Ce qui se prête pourtant à jugement
Alors l'esprit irrigué par le poids du sang
Qui inonde et alourdit mon corps
Je marche et trébuche
Sur des sentes
Qui plongent sous les mers .
jeudi 16 octobre 2014
Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (41)
C'est le vent qui a poussé la pierre sur laquelle je suis perché
Je n'ai pas bougé, c'est elle qui s'est glissée sous moi
C'est à elle de se demander ce qu'elle fait là pas à moi
Qui ne demande rien à personne
Et en appelle seulement à la responsabilité du vent
Immobiles
Ce sont les choses qui se meuvent
Tantôt la lune entre les branchages
Tantôt la lumière sous la mer
Tantôt le ciel où courent des attelages de nuages
Tantôt les vagues brunes qui enrobent ma langue
Tantôt les crêtes obscures où la guerre brûle
Tantôt la couleur de la nuit et l'ombre des fleurs
Ce sont les choses qui se meuvent
Tout autour
Moi je reste assis
Le regard fixe
Dans une maison de paille
Où rien ne peut me saisir
Où tout est là
dans l'attente du vide.
Je n'ai pas bougé, c'est elle qui s'est glissée sous moi
C'est à elle de se demander ce qu'elle fait là pas à moi
Qui ne demande rien à personne
Et en appelle seulement à la responsabilité du vent
Immobiles
Ce sont les choses qui se meuvent
Tantôt la lune entre les branchages
Tantôt la lumière sous la mer
Tantôt le ciel où courent des attelages de nuages
Tantôt les vagues brunes qui enrobent ma langue
Tantôt les crêtes obscures où la guerre brûle
Tantôt la couleur de la nuit et l'ombre des fleurs
Ce sont les choses qui se meuvent
Tout autour
Moi je reste assis
Le regard fixe
Dans une maison de paille
Où rien ne peut me saisir
Où tout est là
dans l'attente du vide.
mercredi 15 octobre 2014
Chemins de la ville basse (13)
Mes semelles portent les empreintes et les odeurs des lieux que j'ai traversés ; ils laissent dans mon âme un dépôt de souvenirs blancs
et ainsi j'observe les choses présentes à travers ce double du monde
qui s'offre à elles comme si la mémoire donnait au présent la dimension de ma conscience
Il n'y a pas cet arbre mais la conscience de cet arbre
et ce papillon voletant est un être qui bouge dans ma conscience;
en mouvement il a un avant et un après
et l'amnésie ôte le temps aux êtres et aux choses
et le monde, devenu insubstantiel, n'est que le vide où plus rien ne passe
Sans conscience, le monde n'est plus le monde mais la mémoire l'altère en le faisant substance.
Cette substance où se disloquent les chemins de mon âme
où se découvrent et se déconcertent les pensées personnelles
où, encombrée de théories et de doctrines, de vérités et de prêches,
de vitalités géométriques et d'aspirations canoniques, elle oublie qu'elle est sans appui et sans alliés, seule en elle-même, et rien en elle n'a d'extérieur ni de dehors
Et cette substance où nul, vivant à naître et à mourir, n'a le pouvoir de s'échapper, la voici dans un chant de fifre, dans un tremblement de terre, dans le salut qu'échangent deux personnes, dans le frisson d'une feuille, là voici encore dans ces ailes de papillon et ces irruptions de colère, ou encore dans la vertu ou le crime, cette substance, mère éternelle, increvable, qui n'est que le surgissement sans cesse répété de la répétition perpétuelle, de la faim inassouvie, des désirs qui se braquent dans leurs incertitudes, des incertitudes forgées par les habitudes, des habitudes qui deviennent des religions et des religions qui refusent les dieux
C'est dans cette substance où rester, où partir chante le même air convaincu de l'inutile et du vain, c'est dans cette substance commune où comme mes frères et mes soeurs je noie mes espoirs et ma foi, et sens plus que jamais l'inutilité des êtres et des choix, dans ce désert peuplé où se cachent les places qui n'ont pas de lieux et qui - pensé-je - m'attendent pourtant parmi la foule des impatiences fatiguées et des paix sans lumière
Il faudra rire et pleurer, se souvenir et oublier, jouir et souffrir, dans cette substance où je vis comme le temps qui l'accepte et qui l'aime.
et ainsi j'observe les choses présentes à travers ce double du monde
qui s'offre à elles comme si la mémoire donnait au présent la dimension de ma conscience
Il n'y a pas cet arbre mais la conscience de cet arbre
et ce papillon voletant est un être qui bouge dans ma conscience;
en mouvement il a un avant et un après
et l'amnésie ôte le temps aux êtres et aux choses
et le monde, devenu insubstantiel, n'est que le vide où plus rien ne passe
Sans conscience, le monde n'est plus le monde mais la mémoire l'altère en le faisant substance.
Cette substance où se disloquent les chemins de mon âme
où se découvrent et se déconcertent les pensées personnelles
où, encombrée de théories et de doctrines, de vérités et de prêches,
de vitalités géométriques et d'aspirations canoniques, elle oublie qu'elle est sans appui et sans alliés, seule en elle-même, et rien en elle n'a d'extérieur ni de dehors
Et cette substance où nul, vivant à naître et à mourir, n'a le pouvoir de s'échapper, la voici dans un chant de fifre, dans un tremblement de terre, dans le salut qu'échangent deux personnes, dans le frisson d'une feuille, là voici encore dans ces ailes de papillon et ces irruptions de colère, ou encore dans la vertu ou le crime, cette substance, mère éternelle, increvable, qui n'est que le surgissement sans cesse répété de la répétition perpétuelle, de la faim inassouvie, des désirs qui se braquent dans leurs incertitudes, des incertitudes forgées par les habitudes, des habitudes qui deviennent des religions et des religions qui refusent les dieux
C'est dans cette substance où rester, où partir chante le même air convaincu de l'inutile et du vain, c'est dans cette substance commune où comme mes frères et mes soeurs je noie mes espoirs et ma foi, et sens plus que jamais l'inutilité des êtres et des choix, dans ce désert peuplé où se cachent les places qui n'ont pas de lieux et qui - pensé-je - m'attendent pourtant parmi la foule des impatiences fatiguées et des paix sans lumière
Il faudra rire et pleurer, se souvenir et oublier, jouir et souffrir, dans cette substance où je vis comme le temps qui l'accepte et qui l'aime.
What do you want to do ?
New mailsamedi 11 octobre 2014
Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (40)
Il arrive qu'à l'ombre des jours éteints
Se lèvent les fantômes des royaumes déchus
Ce sont les souvenirs qui frémissent
Comme des rides à la surface des eaux
Lorsque la légère brise du soir se lève
Et d'une vie nouvelle ils percent
Le cadavre qu'ils croyaient être
Et sur leurs flots
Ce sont des caravelles d'or
Et des galions aux voiles de palmes
Vaisseaux inconsolables
Sur des océans de débâcles et de triomphes
Comme des illusions de larmes et de ruines
Qui s'emmêlent et s'enlacent
Dans des baisers aux abîmes d'écaille
Ineffaçables tristesses
Des Empires détruits
Comme une dernière effluve
Avant de mourir là où brûle la mer.
Se lèvent les fantômes des royaumes déchus
Ce sont les souvenirs qui frémissent
Comme des rides à la surface des eaux
Lorsque la légère brise du soir se lève
Et d'une vie nouvelle ils percent
Le cadavre qu'ils croyaient être
Et sur leurs flots
Ce sont des caravelles d'or
Et des galions aux voiles de palmes
Vaisseaux inconsolables
Sur des océans de débâcles et de triomphes
Comme des illusions de larmes et de ruines
Qui s'emmêlent et s'enlacent
Dans des baisers aux abîmes d'écaille
Ineffaçables tristesses
Des Empires détruits
Comme une dernière effluve
Avant de mourir là où brûle la mer.
jeudi 9 octobre 2014
Rumeurs des Jours et de la Nuit (42)
Mon pas est vif comme un matin de novembre
Il trace à mon insu un chemin que je ne connais pas
Et me conduit ainsi jusqu'à des lieux d'étonnement
Je vis cahins cahots entre deux émerveillements
L'émerveillement d'enfance
Qui refuse la réponse qui l'éteindrait
Chaque instant vivant est le monde à nouveau neuf
Et ce qui surprend c'est qu'il puisse vieillir
Seulement dans les consciences aux gants usés
Voir n'est pas comprendre
Parousie ou apocalypse
Tout est bon pour déchirer le voile
Et s'éblouir encore de ce qui se sent
Une vallée perdue dans les brumes
Des torrents infinis sur les grandes avenues
Dans la nuit voir seulement le jour qui s'y tapit
Dans l'eau le sec qui y dort
Et dans la lumière l'obscurité dont elle nait
Il n'y a plus d'âge alors
Ni même de siècles
Pour celui qui ne fait que contempler
La misère elle-même est une richesse
Et le plomb qui empèse les vies
Emprunte à l'éternelle substance
Les ailes de l'amour diaphane
mardi 7 octobre 2014
Poèmes de l'insignifiance et du minuscule (39)
En face, des regards qui arrachent ton
visage
Reste ta figure immobile, grammaticale
Suspendue aux crochets d’une vérité
sans paupière
L’œil pur qui te fixe dans tes yeux
Sans faiblir et sans ciller, l’œil pur
Te suit
et te voilà à avaler les larmes amères
De sa vision religieuse et de son
absolu
Tu n’as pourtant plus de visage
Mais ta figure au milieu de la cible
De tes yeux ne peut fuir l’œil pur qui
les fixe
Et tu n’as plus de mains, tu n’as plus de
bras
Pour étreindre sa lumière refroidie qui
te tue
Pour réchauffer sa banquise d’injures
Pour aimer ce qui te hait.
Mais dans tes yeux sans visage, le trou
noire de ta pupille
Où tu engloutiras le mal comme le bien
Tes amis, tes ennemis, ta femme, ta maîtresse
Figure lisse, plus rien n’indiquera la
prise, là où on te prend
Te tiraille, te traîne, te secoue et
t’égorge
On te croira aveugle, tu ressembleras à
un bovin
Mais dans ta cécité obligée tu verras
ce que les autres ne voient pas
Que tu n’es pas une viande à équarrir,
souillée de la bave
De mâchoires ivres d’humanité et de
justice
Tu enfermeras aussi la justice et ses
palais
Et jamais plus tu ne déferras
Devant ce juge au sexe tranché
Et à l’œil pur
Qui te fixe dans les yeux.
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