Châtaigniers de pluie
Instants vivants dans la pierre qui fleurit
Lierre de craie, grenade ensommeillée
Permanence du souffle
Souffle de lunes, empires des vents
Grappe de rêves, vignes des assoiffés
Terre de béance où se puisent les blessures
Et le sucre sur ta langue que sculptent tes mots
Tes mots de balsamine, balsamine en fleur
A l'ombre des croix le long sentier qui va
Jalons des morts, balise des souvenirs muets
Regards aveugles, saveur azur
Embrasement des vergers, colère de la nuit
La nuit des vautours étoilés, nous
Oui, nous les yeux jaunes et la langue dentée
Et sur les frontons de ciel, les diamants des mers
Qui se gorgent des silhouettes du temps
Silhouettes de paille, silhouettes du vide
Dont nous revêtons notre simplicité immonde
Cette horreur d'être qui dresse les canons
Déchire les viscères et éclate les organes
Mais il y a sur cette place vide
Dans cette ville déserte aux coupoles d'or
Et aux portes arabesques il y a le geste
Sous les arcades serpentines
Le geste doux qui abolit les corps
Leur donne des ailes carmins et des fleurs de paon
Ces ailes et ces fleurs repliées dans nos secrets
Que l'œil comme un enfant des banquises
Blessé de toute cette blancheur vide
Ne voit jamais, ces ailes et ces fleurs
Que toi et moi sentons pourtant
Entre le matin où les corolles de chair s'ouvrent
Et le soir que les funérailles du jour appellent
Pour que dansent et s'humilient devant la vie
Les sexes, tous les sexes
Des femmes et des hommes, des serpents de l'aube
Des salamandres bavardes au seuil des nuits gitanes
Des scorpions qui boivent aux sources des sables
Tous ces sexes démunis qui nourrissent
L'espoir dans les gerçures de l'avenir
Et mon sang, et ton sang
Et le sang des autres, la même matière nue
Tous là une seule matière un seul esprit
Dans une vie même, au même moment
Qui porte nos visages à contempler et à prier
Les mêmes divinités de son et de sésame
Où des rivières sans eaux abreuvent des soifs sans sècheresse
Dans la ville déserte aux coupoles d'or et aux portes arabesques
Que reste-t-il encore à veiller
Dans le crépuscule jaunâtre de tous les âges
Où ta jeunesse se noie dans mes rides
Où ta force s'épuise dans ma fatigue
Vieillard gisant déjà dans les fruits les moins mûrs
Qui annonce en eux son triomphe mortel
Et pousse, gémit et écarte
Comme l'enfant fait naitre la mère et le père
Le temps déjà en lui
Dans l'ovule incolore et le sperme mat
Où nait le temps qui nous meurt
A la seconde même où il se contient tout entier
Nous sommes la seconde mourante de notre naissance
Que reste-t-il à protéger
Dans ce long vestibule implacable
Rempli de cages obscures et de diables inconnus
Le long de murs transparents que nos yeux ne traversent pas
Reptile de la peur, reptation de l'angoisse
Entortillements dans des mots et des verbes
Crucifiés à chaque pas
A chaque pas des Golgotha
Et derrière les images les oliviers de Gethsémani
L'attente assis dans la cellule des pensées
Et dans ce long couloir d'abattoir aux barreaux infinis
Les pas de l'ami et du familier se retirent et reviennent
Dans la figure brouillée qui blesse et qui hante
Les souvenirs vieillis de ce qui toujours s'est accompli
Il ne reste que ce qui se garde par delà l'oubli
De ce peu qui s'ignorera lui-même
Lorsque le néant même aura disparu.
Je suis arrivée au bout de ce long couloir et je ne sais pas s'il fait jour ou s'il fait nuit.
RépondreSupprimerBeau et vaste poème de la vie.
Il fait nuur ou jouit -)
SupprimerMerci Ix