jeudi 22 octobre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers (2)



Aux avers, effigies de sel sur l’écume incendiée de jours, voiliers ardents s’inclinant sous des souverains de vent, frégates sous la fronde des orages, hivers des songes où les vaisseaux parmi les phares sont submergés par ce qui souffle sans se nommer, écueils engloutis qui ouvrent des chemins de périls dans les flancs des coques, et l’absence des gabiers dansant sur les rivages où les mères creusent les  tranchées funèbres que fraie l’oubli endormi dans le sable. Grand voile couchée, humiliée, rampant sous les mortes-eaux lorsque les marées passent et repassent les vents...Et des mats, comme pierres levées offertes au poing fermé du ciel, des mats aux ailes de marsouins, face aux nuages aux turbans aveugles où se jettent les ancres et les mots qui les suivent jusque sur le front azur  où s’écrivent les quêtes...

...Au loin les hauturiers sous le vent...

Aux revers, sous les embruns des danses sorcières, des mangeuses de fruits amers, de celles qui glissent sous la peau, aux parfums de myrtilles et  aux regards de jaspe, de celles qui chantent aux étendues les murailles dissipées sous l’ombre du regard, des cils aux ailes muettes et vierges jamais épuisés jamais ensevelis, des cils aux nages d’Antilles et des ventres qu’ils étendent sur le fond des mers, comme une piste ouverte sur la nuit,  où se cousent les déserts d’été quand l’ombre s’allume des feux des coraux et que les aubes plantent des oboles de lune dans les gouffres que taisent les eaux....


...Aux amers envers des avers de mer....

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (76)

De ma prison, les bords…

De l’intérieur
J’observe ma demeure
Et je n’y vois aucun espace
Aucune image d’aucun lieu
Seulement le temps qui y vit
Une demeure sans abîme
Un champ plat de pensées
De fragments inachevés
Qui  lèvent des paroles
Et puis retombent

J’ai honoré ce qui n’était pas
Par lâcheté de ce qui était
Refusé à la nuit
Aux jours,
Aux heures
Aux fleuves
Aux nuages
Aux cieux
La simplicité de ce qu’ils étaient
J’ai oublié la grande paix de l’inerte
Et me suis agité dans la pierre

Je parle de ma geôle
Au centre de cette demeure
Avec des mots délaissés
Des mots qui perdent leur coque
Qui perdent leur croûte
Au bord de routes
Où tout s’attend et rien ne s’accomplit.


dimanche 11 octobre 2015

Les Confins : s'ouvrent hautes vagues sous la voile des mers....(1)

Et les ports, simulacres d'havres portés par les vagues, vomissent leur écume aux feux de Saint-Elme et les vagues, fatiguées du ressac qui les noient, fleurissent maintenant aux lieux des rêveries et des mirages, oeuvres vives des carènes enflammées, Chimère mortelle aux yeux d'aspic convoitée des armées d'os et de chair,  janissaires ailés des songeries en Hautes Capitaineries...

Parmi les Confins s'ouvrent aussi hautes vagues sous la voile des mers,  hautes vagues qui s'éveillent dès le ventre des femmes comme le pouls où l'anémone des récifs...Ce qui naufrage est ce qui croise dans l'océan invisible et les regrets preuves du bonheur été....Anémone où les récifs acérés se posent et se polissent...Récifs de pleine mer qui percent seulement l'ombre de l'eau qui passe....

Voix d'ivresse, ce qui sonne et résonne sous les arches de la nuit effacée..



mardi 6 octobre 2015

Les Confins : Aux digues des lointains se recouvrent les nuits...(13)

Le séjour, l'invisible présence, spontanéité transparente parmi les choses du monde, demeures étranges et fugaces qui assoiffent plus qu'elles ne comblent et qui des murs exigent toujours plus pendant que des années frivoles s'écoule comme un poison ignoré tant de ce lait sans épaisseur et sans couleur dont ce qui se hante est fait

Le séjour, ni lieu ni domicile, flots vagabonds au devant des matins, errant immobile au milieu des savanes ensommeillées, domaine des laves sauvages où se compriment la réticence et la discrétion, chemins d'ambroisie, routes d'abondance où l'épine nourrit, le feu noie et la farine s'offusque,  chants sans éloge qui nourrit la sédition, retraite au milieu de ce qui grouille et pullule sur les peaux où grandissent les écailles, et les coquilles aussi où poussent les croûtes et les dépits, le séjour encore, où la mesure et l'étendu s'évaporent sur les seuils des chaudrons où cuit la terre - là où les hommes toujours eux, et les femmes aussi portent le fer dans les coeurs de mer, abandonnent des vautours aux abords des jardins d'enfants, lancent vers le ciel des piques vermeilles où crient encore les nerfs et les viscères, couchent à même le sang frais que leurs chiens boiront plus tard après le viol et l'excrément, embrassent les têtes tranchées et les plantent dans les labours de la paix et de l'amour, dans les chaudrons où cuisent les terres que les hommes vomissent - hôte qui n'abrite rien et que rien ne protège, unique et seul, aboli par les mots qui en sont l'offrande ignorée, limpidité innocente que refusent d'obscurcir les distances et dissoudre les secondes, royauté de la la lenteur, de la courbe et de l'arrondi où s'épuisent l'angle et le mètre...

Le séjour réside comme un anneau que doublent les Confins.



lundi 5 octobre 2015

Les Confins : Aux digues des lointains se recouvrent les nuits...(12)

Au loin, la berceuse des exils, au loin les Confins, eux, les Lois infinies du minuscule, du grain et de la poussière, Edits du silence  rieur lorsque la fureur entonne ses chants et remplit les gouffres de son souffle de sable, rétines de l'abîme glissant sur les pentes bleutées du stérile et de l'infécond, quand des vents du vide des poignées de graines dans les jarres du monde éclosent là où l'air expire et les regards s'aveuglent ... Ainsi les pupilles où se vainc la lumière sont les Terres sur lesquelles les hommes meurent en exode et souffrent  encore dans l'ombre de leurs prunelles ... Fuir, fuir  les éclats âpres, la scintillance, les embrassements et les clartés de leurs nuits, surtout incendier les visions, incarcérer la forme des spectres...Disparaitre sous les éclipses comme un Prince dans l' énigme incertaine de son Royaume ... la langue sous le bâillon des mots...entre les lèvres de l'incommensurable et de l'extrême...

Hommes nés d'entre les bornes, enfants de la limite et de la misère, comme un lambeau d'éternité voguant parmi les immensités sans parties, sous la pèlerine des siècles, Hommes aux futurs vierges d'avenir, aux saisons de pluies et de sécheresse... Las de planter ce qui meurt et de faire mourir ce qui revit, las de ce qui est et passe, de ce qui s'efface et revient toujours sur la crête fatiguée de la même vague, au milieu de bordures habiles mais infidèles, mille mains ne suffisent pas, dans cet empire restreint où rien ne se quitte, à rejoindre le séjour où s'accueille et s'abandonne ce qui naît et s'étale... Ombres âcres comme un urticaire sur le dos du Temps, hommes oublieux de la garde et les Confins au Dehors indifférents à la fortune, absolus de l'inconscience où rien ne se juge du déroulement des chaines enfiévrées...


Tout n'est que solitude et aridité lorsque ce qui vit s'engendre de l'âme des morts.







samedi 3 octobre 2015

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (78)

Villes blanches, femmes blanches
Parmi les virgules et les points
Où le poids des ombres
Revient et s’affaisse

Villes bleues, femmes bleues
Aux yeux invisibles
Spirales concentriques
Où se perdent les soleils de la nuit

Villes d’ambre, femmes d’ambre
Posées sur une mer de spectres
Où chantent des rossignols
Aux destins de dagues et de poisons

Vieilles villes 
D’avant les refrains sombres
Que les cyprès murmurent
Aux oreilles d’un ciel de lierre

Nos villes anciennes
Pénétrées des psaumes des morts
Portés sur le dos des spectres
Dans la substance lumineuse
Des tramways du soir

C’est le récitatif des jours secs
Aux heures absentes
Des derniers pas
C’est le récitatif des crêtes de sables
La procession des lémures
Chantonnant les vies glacées
La désapprobation des peurs froides.


(Les vivants - que j’envie - n’ont eux rien à en craindre)

mercredi 30 septembre 2015

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (77)






                  No One Nowhere.....

Je marchais dans des rues familières
Que je ne connaissais pas
Je pensais à des choses
Que j’avais oubliées
Et qui vivait ma vie
Dont elles avaient pris la place

Mon être était alors épars
Et coupé de lui en lui
Dans un monde étrange
Fait de cloisons blanches et invisibles
Des fragments de pas
Dont j’ignorais qu’ils étaient miens
Mangeaient l’ombre
Qui se présentaient dans le regard
De ceux que je ne croisais pas

Je marchais dans des villes familières
Où j’abandonnais des morceaux de murmures
Et dans ces impasses où se forgeait ma tristesse
Naissaient de nouveaux chagrins
Aux silhouettes haletantes
C’était le grand appel de la dissolution
L’appel de l’émiettement
A travers la foule dont les cris
Eteignaient mon nom

J’épelais ce nom
Que j’avais perdu
Mais je réclamais sans connaître
La place qu’il occupait
Alors des prières montaient de ma gorge
Vers les séraphins blanc de l’héroïne
Qui noyaient mon esprit écartelé
De leur chant mortuaire

Je dormais dans des lits
Où mon sexe se dressait
Au milieu de vergers stériles
Dans une campagne séparée de tout
Et la semence se répandait
Sur l’étau de mes doigts
Quand le ventre soufflait
La tempête dispersée
De mon être écarté
Où rien ne poussait

Partir alors
Où rien ne s’écoute
Où rien ne se voit
Dans les ténèbres dissolues
D’une couche
Où courent les peurs
Et les aveux tus 
De ceux qui ne peuvent dire.

lundi 28 septembre 2015

Poèmes du Minuscule et de l' Insignifiant (76)




Les choses, ne pas vouloir les saisir

Laisse-les  en leur lieu
Et accepte ce qu’elles sont
Dans leur simplicité idiote
Ou si tu veux, petite haine chérie,
Dans leur médiocrité obtuse
L’eau n’offre rien au vent
Le vent n’outrage personne
S’il n’est que lui-même
Les plaines se scandaliseraient d’être collines
Et les nuages riraient d’être montagnes

Les choses en leur sein dorment et reposent
Les surprendre 
C’est les arracher à elle-même 
Au cœur de leur sommeil

Elles ne comprendraient pas ta violence
Et toi tu ne gagnerais à ce vol
Que creuser la blessure profonde
Sur laquelle déjà tu as élevé ces mots
Et que malgré eux et contre eux
Tu veux comprendre

Laisse-la, l’écorchure malsaine,
Et que coulent les rivières mortes
Dont elle est la source empoisonnée.