Et de tes rives maîtresses
que puis-je absorber
sans blesser tes berges souples...
Et de tes rives maîtresses
que puis-je absorber
sans blesser tes berges souples...
Lumière indivisible
Invisible matrice du visible
Source des sources vives
De ce qui siège
Face à l’obscure figure
Face à la voix sans regard
Les chemins des ports sont chemins de lune
La plume ouvre le volet du deuil
Accourt le monde d’entre les lettres
Le monde d’avant la Lettre
Trouver l’encre
Où se mirent les feux sans fard
Là ondulent, vagues incessantes,
Des prières d’ivoire blêmes
Celles que chante l’ivrogne
Lorsque de son haleine
S’échappent les anges
Celles de la chaleur et de la femme
Les deux sœurs d’argile
Cette arche du monde
Qui réunit et sépare
Les deux impuissances
Dans la même solitude
Pupilles de l’infini, paupières marines
Frappant aux frontières de l’immense.
Déroulant le tapis écarlate de l’accueil....
Cherche
Les nuits de l’Etrangère
Les nuits nourricières
Où paresse le langage indocile
La lame des évidences
Y danse des chaconnes masquées
Ce qui fend la peau
C’est le miel posé sur l’écorchure
Le chagrin des anémones
Piège le terme dans ta lenteur
Brûle le mot sec,
Et conduit l’âme
Aux degrés de l’Angle
Aux berceaux des morts
Le marais asséché
Blâme, taciturne,
La houle lourde
Et la dérobade des mers
Le souffle est là
Pourtant
Plaines grises,
Chemins d’abîme
Où vit l’Etrangère
Mais il frémit
Abusé de clôtures
Paroles de confins
Ou bruissement voilé
D’un midi sans ombres
L’imperceptible fraicheur
Des soifs qui veulent....
Paroles étrangères
Aux tonalités brumeuses
De ce qui est sans horizon
De ce qui est parce que sans limites
Brise, brise inconnue
Sondant dans l’ouï
Le dire qui s’incline
Devant ce qui se tait
Le silence béant qui ouvre toute parole
En l’étreinte réticente du déclôt...
Il faut la vision poreuse de paysages absents
Seulement la trace de la source lointaine
Brûlant la main qui se tend
Et la plume qui danse
Comme une méduse nocturne
Dans la secrète noirceur de nos fables
Je veux
Ce qui s’éveille en ce qui dort
Et m’étendre, doux, au seuil de la voix
Auprès de la demeure aimée du Verbe....
Suivre la route des ports
Où se consolent les mats de misère
Et les voiles oubliées du vent
Et à quai
Le grand sommeil des confins
Dans le ventre des femmes
Et l’appel du dehors
Comme un écho de chairs secrètes...
Puis peut-être
Si nous sommes sages
L’anneau qui exhorte,
Qui nomme nos songes,
L’anneau dont la grandeur ignore les racines
Cet anneau des Confins, en nous et hors de nous
Offert aux reflets de ce qui rompt les miroirs
Les lèvres du monde se sont refermées sur l’anche des mers
I
Qu’on dise : les confins !
Ce frisson des lointains jusqu’aux bordures du temps
Qu’on les dise
Avec voix de pierre
Ces confins au delà de la terre
Mais aussi la ruine des roses, posée
Boucle de feu, au-dessus des berceaux
Qu’on les dise
Ces ailleurs de la terre, l’ironie des lisières
Qui aiguisent leur présence
Jusqu’à la source âcre de la geôle fleurie
Pour que croissent sous les paupières
Ce qui ne peut se voir
L’invisible nu
Qu’on les proclame
Ces Droits des confins et de l’inborné
Ces territoires innommables
Ce vent qui ne pèse de rien
Les confins, chants de la nuit,
Tisserands méprisés de nos heures
Fantômes aux humeurs étranges
Où s’efface ce qui ose et persévère
Qu’en appellent, nos épitaphes incrédules
Qu’en appellent au marbre vain
Nos fronts de vérité amère
Tout ce sang qui doit mourir pour s’écouler
Les hôtes des Confins ignorent ces horizons immobiles
Simulacres royaux couronnés dans l’antre souveraine
Et pourtant
L’écume jaillissante
De la vague émeraude
Etend sur la soie lumineuse des soirs
L’ombre laineuse de la vie
Et brise ce qui sépare
Que je dise
Toujours la gerbe palpitante
Comme, aux jours de fêtes
Barque pavoisée toujours à quai
Au milieu des eaux
Chasseurs de lointains
Poseurs de nasses abstraites
Ciel captif au fond des eaux
Dire les métaphores qui germent sous les arbres
Et sommeillent dans les prairies
Terres humides des confins
Qu’enfin je dise
Averses de spectres, écailles de nuages
Ces rivages insoumis où poussent
Les fougères et l’indicible.
Plus s’éparpille la voix qui siège à l'ultime
Plus le tissu se déchire, voiles gonflées de béance
J’atteins ce que j’ignore dans la fuite
De ce qui échappe
ce pays qui ne vit que d’absence
Et au-delà de ce qui se retire
Je m’adosse au pied de l’être
Dans l’abandon de ce qui...
Seulement dans le chœur des mots.
De rivages en rivages, la barque s’épuise
J’écope l’eau de la grande inassouvie
Où donc à nouveau, l'île souveraine,
de la main ligneuse, fleurira-t-elle ?
Restera-t-il encore un terrain sec, une terre vide
Repue où se consacrent les aulnes avant de mourir?
Ou suivre la fugue des vapeurs
Couronnant l’infortune prospère de leur lignage
Les alluvions restent sourdes
en partie cause perdue en partie espérance du soir
que faire d’un humus fertile qui ne peut rompre le pain
que faire si je savais l’obscurité étale
lorsque de la nuit s’éprend le mendiant
Parmi ce qui en nous s’éveille
Cet effleurement inconnu et instable
Choisir ce qui déchoit et s’altère
Ce qui abaisse plutôt que ce qui grandit
Suivre le cours des fumées captives
Celles qui se nourrissent de tes famines honteuses
Dans l’abîme intime de tes murailles
J’aspire à l’aguet distrait de la seiche
A la douceur de son encre
Qui montre en la cachant
La mémoire des sédiments
C’étaient sur la route
Un soir de deuils noueux...
Une butée sans signes
Un pays d’écueils et de fanges
Dépitait la main indigente
En alarmant un cœur sans rimes
C’était l’infraction du commun
Le creux de l’heure ravinée
Au moment de haute lice
S’acharne le dévot de l’amble futile