Nourrie de ces ruelles étroites et de ces places ovales
-là où les derniers bancs vides attendent le matin-
La nuit s'avance à petites enjambées d'ombre
Et déjà j'oublie ce que j'ai vu du jour
Souvenir ignoré qui remue le présent
Ainsi je ne peux être face aux choses
Qu'en n'étant pas là où je suis
Il est de ces miroirs qui abritent les images
Qui les gardent et les conservent
Les grands miroirs de la mémoire
Où trainent les regrets et les adieux tus
Quand de la rive nous voyons la barque s'en aller
Et chaque appareillage est un bris dans le temps
Ainsi je me sens tissé d'eau et de vent
Ce qui respire dans la nuit qui s'avance
Parmi ces places et ces rues qui se jettent dans la mer
Dans l'obscurité des emblèmes et des symboles
Ce qui s'agite dans le trouble aveugle
Ce qui, silencieusement, y meugle
Des nuages opaques et des carrefours sans chemins
Là où la vie commence au moment où elle meurt
Et sur les quais par l'Ouest enflammés
Dans les rumeurs et les cris
Des foules de marins font de grands signes
Aux navires qu'ils n'ont pas pris
Et qui s'inclinent devant les horizons
Où l'on renonce et accepte
Ce que la marée a offert puis a repris.
La bature (parfois "batture") est cet espace unique, éphémère d'une plage où les pas s'enfoncent dans le sable gorgé d'eau juste après que la mer se soit retirée. Le sable reprend sa forme plate, dès après le lever du pied. L'empreinte n'existe plus. L'ombre du voyageur s'estompe, ridulée. Il n'existe plus.Au loin, sur les bateaux d'horizon flottent les drapeaux, comme les mains des marins qui s'agitent, pour montrer leurs regrets. Au Nord-Pakistan, il est un glacier que les gens de là-bas nomment Batura". Il est craint: ses rives, déchets morainiques, servent de cimetière: on défonce les pierres et le sable. On enfonce le mort. L'empreinte s'estompe. Et rien n'est plus comme avant mais tout rentre dans l'ordre.
RépondreSupprimerMagnifique cette bature, et espace bien connu dont j'ignorais le nom..."Rien n'est plus comme avant mais tout rentre dans l'ordre"...aussi...il n'y a que des ordres, et où l'on voit chaos, il y a cet ordre sous-jacent, invisible seulement parce que que nous sommes incapables de le percevoir...De l'ordre et des changements imperceptibles. Merci Jc de ce très beau commentaire...
SupprimerPeut-être là qu'est l'os: ton ordre est mon chaos...et vice-versa. Mais vers quoi?
SupprimerLes systèmes sont de tout façon instables : métastable, ils ne font que tendre vers un point d'équilibre comme un horizon fuyant. L'ordre est une tendance, un "chaosmos", comme unité de l'ordre et du chaos, ou Appolon étreignant Dyonisos. Il n'y a ni ordre ni chaos immuables, seulement une circulation entre eux.
SupprimerPoème et réflexions sur l'ordre et le chaos qui me ramènent inexorablement à ce livre hors normes dans lequel je viens d'entreprendre une véritable plongée : "Les Cahiers de Gustav Anias Horn" dont on peut avoir une petite idée ici :
RépondreSupprimerhttp://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=4237
Je viens d'aller voir, je ne connaissais pas, mais je vais connaitre...Un grand merci, un très grand merci même, je sens que je vais adorer cet "enchantement noir"...hihihi..
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