dimanche 28 septembre 2014

Rumeurs des Jours et des Nuits (40)




Une goutte, froideur molle et translucide,
Se coule et s'étend, aveugle et invisible, 
Le long des bornes et des frontières
Au bout de sa course elle rencontre l'univers
Et engloutit sa totalité ouverte
En absorbant le temps en un moment.

L'infini  s'y déploie et la goutte suspendue
Se suspend en elle-même
Car la goutte, contenant tout, se contient aussi
En ce qu'elle est une goutte suspendue
Et dans la goutte contenue en elle-même
Une autre goutte où tout l'univers se presse

Et ainsi jusqu'à toi, jusqu'à moi
Tout en nous que nous sommes
Dans la goutte d'un moment
Où l'instant présent est fils d'Eternité.



Poèmes de l'insignifiance (34)




Passage de la cécité, entre deux visions
En paix dans la stabilité
Forêts lumineuses ou Dieux obscurs
Tout y clair  même les roses
Dans la nuit de Damas

Puis l'appel d'ailleurs
Un cri venu de ce qui précède
Le pas que je suis et qui me suis
L'appel de l'envol qui ignore
Encore le pas qu'il sera

Et ce qui s'abolit
Efface l'annulation même
C'est la timidité de l'être 
Et c'est l'oubli
Qui annonce l'avenir.

mercredi 24 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (33)



C'est la métamorphose des pierres
Le grand conseil des violons
Dans des chambres où se fraient les mirages
L'obsession de l'ultime, la guerre du cri et du silence

C'est le mépris du centre
Les ports tardifs où les signes rayonnent
Dans des larmes frangées de demains
L'arrivée d'une ligne, l'éventail des lèvres

C'est l'heure des colombes
Le poison de la paix où la nuit s'explique
Dans le poids intraduisible des choses
L'institution des semences, l'hérédité du soufre

C'est la concentration des paupières
Les prairies du mal
Dans les matins des métaphores
La louange de Carthage, le forum des ressentiments

C'est la plaine de la faim
L'épée des souffrances voilées
Dans des boissons de vagues et d'écume
Le repère de l'eau sous les branches

C'est l'habit des roses
Les années aux couleurs aiguës
Dans des visions où les trèfles se lèvent
La profondeur des regards, le pillard des absences

C'est le front des rivières ivres
Le vol inquiet des légions
Dans des rimes où  s'ennuagent les harpes
Le joug des effritements,  l'éclat du sang

C'est l'anneau du gibet
Le jeu des cymbales blanches
Dans les prières où se jettent les couronnes
Le contraire de la mer, la destruction aux flambeaux

C'est le voyage du désert
La coupe sèche des obliques
Dans les crânes vides des sceptres
La mouche des brutaux, l'épervier du Diable

C'est l'équinoxe des amants
Les enfants où rêvent les puissances
Dans l'immondice des princes sans tête
L'esclavage de la nuit, l'asservissement aux jours

C'est le sommeil des précieux
Les églises du frisson sous la peau
Dans les gorges avides d'océan
Le fusil des oeillets, la minute du sauveur

C'est la rage des formes
L'âme du crépuscule et du naguère
Dans le bronze où l'infamie se coule
L'île des aguets, la peur des origines

C'est  le flot des  des lointains
L'agonie des coucous
Dans les nids des villes
Le frôlement des libellules, l'exaspération des poires

C'est la pâleur de la substance
La trahison des deuils
Dans les ombres où reposent les tombeaux
La légende des mondes, le visage des vallées mortes

C'est l'auroch en haillon
La coque des âmes brisées
Dans l'éternité du Seul où se cherche le Seul
L'illusion  des rochers, la perte des hanches

C'est l'Annonciation  des ancêtres ressuscités
Le bonheur laissé sur les dernières asphaltes
Dans les jardins aquatiques de Pergame
L'évasion des noctambules, le jazz du temps

C'est l'horizon des faunes
Le velours des chagrins
Dans la campagne où meurent les préludes
Le gentiane de givre,  l'hellébore des marées du nord

C'est l'horloge des muguets
Les ardoises d'Ardenne où s'enivre Verlaine
Dans des litières de blessures
L'histoire des douleurs, les éboulis sous la mer

C'est le calvados de la question
L'impulsion du savoir qui s'ignore
Dans les greniers où se trahissent les consciences
Le mensonge des dragons, le tilleul des flammes

C'est le papillon de l'oubli
L'enchevêtrement des déclins
Dans la prison où se lèvent les soleils
L'obscurité gelée, les sphères infinies

C'est le tout dans le rien
Et le rien qui étend son infinité
Jusqu'aux confins de l'univers
Aux centres sans fin
Virgules du temps que nous sommes.



dimanche 21 septembre 2014

Rumeur du Jour et de la Nuit (39)

J'avais arraché des bouquets de brouillard
Cachés sous les récifs du ciel
Et des vagues inconnues avait emporté 
Leurs oeillets d'écume 
Eparpillés
Dans des fragments de souffle
Jusqu'au pied de ta couche
Où tu flottais dans la nuit légère

Alors les songes que je t'avais confiés
Avaient étreint le songe où tu dormais
Et un enfant naquit 
Apporté par la chimère aux matins ailés
Et ce songe des songes murît lentement
Dans la chaleur du ventre de l'été
Où la roche fertile fleurit les déserts


Ainsi les bouquets de brouillards
Se sont enlacés dans le frisson des ans
De ta couche fine 
Où encore mes songes rejoignaient les tiens
Car ma terre toujours cherchait sa mer
Et ce qui  respirait sous sa houle parfumée
Des regards d'algues molles
Aux lèvres de sable
Lorsque ce qui se taisait dans l'aube de tes rêves
Agitait des soupirs de miel aux voiles gonflées
Lorsque ce qui se taisait dans l'aube de tes rêves
Berçait toujours le visage de la terre
Et j'ai su que les printemps naissent seulement
Entre les ombres et les silences.







Poèmes de l'insignifiance (32)


Les siècles sont nonchalants et les millénaires paresseux. 
Ainsi ils confient  aux saisons
L’oisiveté des jours : l’indolence gagne la durée
L’imminent s’étire et s’amincit
Au point  de se fondre et de disparaître
Dans sa propre couche

La lenteur déjà ralentie
Est le mode
Du perceptible et de l’apparent
Blême et doux
On croit que tout coule,
Mais
Sans mémoire
Et surtout sans oubli vital
La pétrification fige l’instant dans la permanence
Tout s’étale et s’affiche.
C’est pourquoi
Le verbe n’a pas de prise, il est
Comme
La greffe qui  se décolle
Il voltige désormais sans adhérence.

Incapables toutefois
De renoncer à ce qui s’agite dans les flux
Et les fluides,
Nos joues gagnent en pâleur lorsque
Toujours en retard sur nous-mêmes
Le sens de l’urgence
Fait ployer nos
Vertèbres.

samedi 20 septembre 2014

Rumeurs du Jour et de la Nuit (38)

Murs invisibles
Murs d'ici
Ne referment rien
Sinon la lumière vide
Sur les ruines d'hier et de demain
Et dans ce chant nocturne que tu es 
Je couds les tons sombres
D'une saison enfuie
Sur la pénombre froide
Des gouffres dont je me vêts

Ce qui reste hormis le néant
Des colibris muets suspendus
Aux couchers des sanglots
Et des falaises de craie
Qui glissent dans un coin du monde
Où ton regard d'eau a giflé le jour.

Des Mille et des Cent (3)

Mille cercles infinis qui ne sont qu'un seul cercle
Mille pensées y courent, une seule pensée
Mille lieux s'enchâssent, un seul lieu
Mille êtres vivants, un seul être

Pendant que je pose mille moi, un seul moi
Sur une seule terre, mille terres
Et un oeil, mille oreilles aux pupilles
Endormies sous le vertige des miroirs

lundi 15 septembre 2014

Chemins de la ville basse (12)

Un jour, une fougère agile a grandi dans la maison que j'habite puis s'est repliée en longeant le plafond comme une voie tracée vers le ciel que mes pas ne prendront jamais alors tout s'est coupé du monde et de la vie, s'est englouti en moi et me dévore maintenant comme un serpent avale un oeuf. J'ai ouvert une fenêtre sur une petite cour où convergent les impasses et dans le moi que je suis un autre moi s'est accru de sa présence immortelle et s'est nié parmi les issues closes où se fécondent les déchets

Ce qui m'appartient n'est pas ce que je suis ou ce que je suis,  plutôt des racines qui plongent dans les nuages invisibles ou dans des fontaines  gelées  ou dans des cantiques dont j'appelle les chants mais qui restent muets s'ils ne se glissent par les soupiraux lors d'une nuit éphémère
J'attends des phrases qui modulent ce que je ne crois pas penser et qui pensent pourtant à ma place, des particules d'idées sans incarnation pour que la source et le principe s'esquissent dans l'épaisseur de ma cécité

En tranchant un oignon infini, j'ai senti la pluralité des mondes, des écailles en fleurs couvrir des coraux d'asphodèles, des tigres du Bengale s'envelopper dans des tissus de cyprès, l'univers compris en lui-même dans l'univers où je vis comme un minuscule monde qui se divise à l'infini, des oiseaux du midi en gloire dans les périphéries de fer, et des mots comme un vent ininterrompu s'engouffrer dans les tunnels embouchonnés, et au milieu du jour le son de la nuit qui se répand dans la tension continue de ceux qui n'ont plus de lieu

Et d'entre les murs a surgi une vision une vision de ce qui entoure et entoure ce qui entoure, l'incréé, ce qui reste dans sa permanence, ce qui est, ce qui fut, ce qui sera, qui dessine sa présence occulte dans mes tiroirs parmi les couteaux, les cuillères et les fourchettes, ou encore jusqu'aux excréments les plus répugnants, ce qui s'agite et ne s'arrêtera jamais, dans la bourrasque ou le soupir dernier des mourants que nous sommes, d'entre les murs, ce qui les traversent sans se faire voir, une exubérance dynamique, la puissance de la création qui n'est qu'autant qu'elle crée 

Alors j'ai regardé par la lucarne
Les étoiles éteintes chantaient un négro-spiritual et tout l'espace immense exultait  dans les choeurs cosmiques des nébuleuses légères.

Il n'y avait plus lieu d'être un homme seulement une légère brise qui ramène le sable sur le rivage

Au loin des bus remplis traversaient la ville.



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Des Mille et des Cent (2)

Mille lacs dans les cieux qui parlent à l'impossible
Mille rives ailées aux cailloux parfumés

L'inintelligible est la raison des choses qui n'ont pas de lieu.


Poèmes de l'insignifiance (31)


Au lieu d'un visage
De vieux soupirs qui se frisent avec le présent
Et le silence résonne et s'envole
Sur un paysage immobile
La lumière s'est tue
La lumière invisible qui baigne
Dans l'obscur

Ce qui reste
La révélation de l'instant.