mercredi 24 septembre 2014

Poèmes de l'insignifiance (33)



C'est la métamorphose des pierres
Le grand conseil des violons
Dans des chambres où se fraient les mirages
L'obsession de l'ultime, la guerre du cri et du silence

C'est le mépris du centre
Les ports tardifs où les signes rayonnent
Dans des larmes frangées de demains
L'arrivée d'une ligne, l'éventail des lèvres

C'est l'heure des colombes
Le poison de la paix où la nuit s'explique
Dans le poids intraduisible des choses
L'institution des semences, l'hérédité du soufre

C'est la concentration des paupières
Les prairies du mal
Dans les matins des métaphores
La louange de Carthage, le forum des ressentiments

C'est la plaine de la faim
L'épée des souffrances voilées
Dans des boissons de vagues et d'écume
Le repère de l'eau sous les branches

C'est l'habit des roses
Les années aux couleurs aiguës
Dans des visions où les trèfles se lèvent
La profondeur des regards, le pillard des absences

C'est le front des rivières ivres
Le vol inquiet des légions
Dans des rimes où  s'ennuagent les harpes
Le joug des effritements,  l'éclat du sang

C'est l'anneau du gibet
Le jeu des cymbales blanches
Dans les prières où se jettent les couronnes
Le contraire de la mer, la destruction aux flambeaux

C'est le voyage du désert
La coupe sèche des obliques
Dans les crânes vides des sceptres
La mouche des brutaux, l'épervier du Diable

C'est l'équinoxe des amants
Les enfants où rêvent les puissances
Dans l'immondice des princes sans tête
L'esclavage de la nuit, l'asservissement aux jours

C'est le sommeil des précieux
Les églises du frisson sous la peau
Dans les gorges avides d'océan
Le fusil des oeillets, la minute du sauveur

C'est la rage des formes
L'âme du crépuscule et du naguère
Dans le bronze où l'infamie se coule
L'île des aguets, la peur des origines

C'est  le flot des  des lointains
L'agonie des coucous
Dans les nids des villes
Le frôlement des libellules, l'exaspération des poires

C'est la pâleur de la substance
La trahison des deuils
Dans les ombres où reposent les tombeaux
La légende des mondes, le visage des vallées mortes

C'est l'auroch en haillon
La coque des âmes brisées
Dans l'éternité du Seul où se cherche le Seul
L'illusion  des rochers, la perte des hanches

C'est l'Annonciation  des ancêtres ressuscités
Le bonheur laissé sur les dernières asphaltes
Dans les jardins aquatiques de Pergame
L'évasion des noctambules, le jazz du temps

C'est l'horizon des faunes
Le velours des chagrins
Dans la campagne où meurent les préludes
Le gentiane de givre,  l'hellébore des marées du nord

C'est l'horloge des muguets
Les ardoises d'Ardenne où s'enivre Verlaine
Dans des litières de blessures
L'histoire des douleurs, les éboulis sous la mer

C'est le calvados de la question
L'impulsion du savoir qui s'ignore
Dans les greniers où se trahissent les consciences
Le mensonge des dragons, le tilleul des flammes

C'est le papillon de l'oubli
L'enchevêtrement des déclins
Dans la prison où se lèvent les soleils
L'obscurité gelée, les sphères infinies

C'est le tout dans le rien
Et le rien qui étend son infinité
Jusqu'aux confins de l'univers
Aux centres sans fin
Virgules du temps que nous sommes.



4 commentaires:

  1. Vraiment très beau tout cela, autant les mots que la musique qui s'épousent merveilleusement bien.

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  2. Virgules du temps.... J'ai écrit récemment à un ami : "nous n'aurons vécu qu'une seconde", et encore je me demandais si nous l'avions bien vécue.....

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    1. Mais nous l'aurons vécue. "ah je n'ai rien fait aujourd'hui!" si tu as vécu.

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    2. Poème et musique sont sublimes... D'ailleurs, il me faudra prendre du temps pour y revenir...

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