lundi 15 septembre 2014

Chemins de la ville basse (12)

Un jour, une fougère agile a grandi dans la maison que j'habite puis s'est repliée en longeant le plafond comme une voie tracée vers le ciel que mes pas ne prendront jamais alors tout s'est coupé du monde et de la vie, s'est englouti en moi et me dévore maintenant comme un serpent avale un oeuf. J'ai ouvert une fenêtre sur une petite cour où convergent les impasses et dans le moi que je suis un autre moi s'est accru de sa présence immortelle et s'est nié parmi les issues closes où se fécondent les déchets

Ce qui m'appartient n'est pas ce que je suis ou ce que je suis,  plutôt des racines qui plongent dans les nuages invisibles ou dans des fontaines  gelées  ou dans des cantiques dont j'appelle les chants mais qui restent muets s'ils ne se glissent par les soupiraux lors d'une nuit éphémère
J'attends des phrases qui modulent ce que je ne crois pas penser et qui pensent pourtant à ma place, des particules d'idées sans incarnation pour que la source et le principe s'esquissent dans l'épaisseur de ma cécité

En tranchant un oignon infini, j'ai senti la pluralité des mondes, des écailles en fleurs couvrir des coraux d'asphodèles, des tigres du Bengale s'envelopper dans des tissus de cyprès, l'univers compris en lui-même dans l'univers où je vis comme un minuscule monde qui se divise à l'infini, des oiseaux du midi en gloire dans les périphéries de fer, et des mots comme un vent ininterrompu s'engouffrer dans les tunnels embouchonnés, et au milieu du jour le son de la nuit qui se répand dans la tension continue de ceux qui n'ont plus de lieu

Et d'entre les murs a surgi une vision une vision de ce qui entoure et entoure ce qui entoure, l'incréé, ce qui reste dans sa permanence, ce qui est, ce qui fut, ce qui sera, qui dessine sa présence occulte dans mes tiroirs parmi les couteaux, les cuillères et les fourchettes, ou encore jusqu'aux excréments les plus répugnants, ce qui s'agite et ne s'arrêtera jamais, dans la bourrasque ou le soupir dernier des mourants que nous sommes, d'entre les murs, ce qui les traversent sans se faire voir, une exubérance dynamique, la puissance de la création qui n'est qu'autant qu'elle crée 

Alors j'ai regardé par la lucarne
Les étoiles éteintes chantaient un négro-spiritual et tout l'espace immense exultait  dans les choeurs cosmiques des nébuleuses légères.

Il n'y avait plus lieu d'être un homme seulement une légère brise qui ramène le sable sur le rivage

Au loin des bus remplis traversaient la ville.



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2 commentaires:

  1. Nous ne sommes que des caisses de résonance dans des chambres d'échos....

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  2. Voire l'écho du cri de l'autre car, quelques différences mises à part, ne sommes-nous pas tous semblables? JCL

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