vendredi 21 novembre 2014

Poèmes de l'Insignifiance (52)





Tout au long des saisons
Comme un flot de syllabes
Qui arrive aux lèvres
De mon cœur asséché

Tout au long des saisons
Où j’ai chanté de travers
Les rumeurs sèches
Qui assoiffaient mes joues

Tout au long des saisons
Où tout revient
Les pertes et les gains
Et le pendule qui va et vient

Tout au long des saisons et des jours
Comme des ruisselets d’heures
Qui s’écoulent entre les branches
Où se posent les grands cygnes noirs

A rester là sans attendre
Sans me savoir dans le jeu
Où les coups claquent
Et les fusils fument

Au bord des saisons de verre
Les paons du jour plantent
Dans mes oreilles encombrées
Les paroles muettes du vent d’avril

Et j’ai vu Carthage aux filles faciles
Hamilcar flottant sur ces éléphants blancs
Dans ce verre de tourbe et d’alcool
Où survivaient mes nuits blanches
Au bord des saisons de verre
Qui brûlent mon cœur glacé
Coulent d’obscures pensées
Et je suis sans force

Devant l’aube qui meurt

dimanche 16 novembre 2014

Rumeurs des Jours et de la Nuit (52)

Le gel clôture la signification des choses
Par cette fatalité glacée
La feuille se sépare du monde
Pour s'immerger dans sa frigidité isolée
Les choses reviennent à leur essence froide

Epousant la fragilité de leur étendue stable
Elles refusent le dilemme du bourgeon
Et le néant du mouvement
Tout est clair dans l'hiver
Le grand givre des frontières nettes

En s'assoupissant
Dans la solitude froide de leur lit
Les cercles s'effacent
Seuls les centres se côtoient.


jeudi 13 novembre 2014

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (51)


Les lisières ont le sens de l'instable
Elles empruntent à l'un et à l'autre
A la fois terre et eau, éveil et sommeil
Humbles de leur si peu d'être
Elles filent, claires et obscures
Entre les berges fermes des choses
Auxquelles elles prennent sans rien ôter
L'illusion de l'apparence
C'est pourquoi être où nous sommes
Est la question qui croît
Aux endroits ombragés des envers.














mardi 11 novembre 2014

Quatrain (1)

Il y a des poèmes féroces
Dans leur coupe
Ton visage grimaçant
Sous des voiles de jonquilles

             *
Je t'offre un bouquet de mer
Où je n'ai pas navigué
Et un Royaume d'ambre
Où je n'ai jamais régné

             *
L'oeil ne voit pas
La vision, c'est l'invisible
L'infini de Ce qui est

             *
Les Adieux sont des rencontres
Des portes inoubliables
D'Onyx et de Jaspe
Et les villes qu'elles scellent
Enfin aimées.

dimanche 9 novembre 2014

Rumeurs des jours et de la Nuit (50)

Des fruits coulent un miel étrange
Leur nectar se répand dans les bouches
Les pêches gonflent leurs joues
Et le soleil caresse les fleurs d’anis
Un baiser de myrrhe embrase les vignes.

Les lèvres ont bu  la grenade lactée
Et les vents du Sud ont dispersé
Les perles salées  de la fontaine vermeille
Des doigts ont ceint la corole des roses
De la couronne d’Eden.

Dans ce jardin aux arômes d’aloès
Dans ces vergers aux parfums de safran
Des troupeaux de fantômes inconnus
Rêvent du retour de la nuit
Au coeur de la nuit

samedi 8 novembre 2014

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (50)

L'ombre sur ton épaule
Et la mêlée des douleurs
Partout qui domine ton corps
Et ses râles pâles

Souffrances infécondes
Et leurs voiles royales, immenses
Et les perles et les rubis
Comme l'écume qu'elles glissent sous tes yeux

Sur cette mer sans naissance
Où ta soif s'éteint
Comme une faim qui se dévore
Les messages inconnus des horizons disparus

Que disent les choses lorsqu'elles sont mortes ?
L'agonie tue de ce qui vit
Et un enfant qui dort parmi ses ancêtres
Les détresses dont il est le fruit

Et quand sous les larmes
Où ton visage informe s'efface
Le temps bascule
Et le point se coud où plus rien ne bouge.


jeudi 6 novembre 2014

Rumeurs du Jour et la Nuit (49)

Tout est lumière, lumière dans la lumière
Même la nuit, même l'obscur
C'est le message du lumineux
Qui dit du noir qu'il est lui-même visible

                          *
Fais courir l'eau vive
Qu'elle ne soit que source
Et source de sources
Que le marais immobile devienne poussière

                         *
Ouvre sans cesse ce que tu as une fois ouvert
N'arrête ton chemin de peur de l'impasse
L'impasse sombre de toi-même
Où tu te pavanes en remuant la queue

                         *
L'au-delà existe
Au-delà de l'au-delà
Il refuse les quais déserts
Où tu complais ton attente

                         *
Prive-toi de toi-même
Sens alors la vie qui s'écoule
Comme si tu n'existais pas
Soudain le monde s'approche de toi et te veille

mardi 4 novembre 2014

Rumeurs des Jours et de la Nuit (48)

Le ciel est jaune
La terre est noire

Je me suspends entre les deux
Aux paupières closes
Des prairies de l'aube

Le vent est vert
La mer est rouge

Je cours de l'un à l'autre
Dans les herbes enflammées
D'un chemin sans lieu

La pluie est bleue
Le nuage est ocre

J'embrasse leur bouche blême
Dont l'haleine amère
Evite les promesses

La brume est cinabre
La marée est aurore

Qui se hâte de la boire
Goûtera aux vignes de sang
Mangera le pain des jours

L'automne est minuit
Novembre est cerise

De soir  en soir
J'avale leurs fruits
Froids comme un astre

Le rivage est nymphe
La rive est ébène

Les saisons se taisent
Au bord des temps
L'attente pénétrée de cachemire

Le fleuve est ivoire
Le ruisseau est lavande

Ce qui chante dans les camélias
La voix de la loi
Que le soleil édicte

La prairie est marine
Le champs est neige

Je porte la blessure
Aux sommets des heures
Près du ciel des roses

La fouine est jais
La hulotte est opale

Le lointain sous mes pieds
Transporte l'océan
Dans la solitude des nuits

Je me noie dans mon lit
Et sous la surface des draps
De petits poissons persans
Volent les rêves d'Eros

Mon corps souffre
Pour recevoir les traces du temps
Il y a pour moi encore
Un fragment d'être
Qui s'offre et apaise.







dimanche 2 novembre 2014

Poèmes du Minuscule et de l'Insignifiant (49)

Il y a dans ma poitrine

Des oiseaux de tropique
Aux cils d'alouette

Comme tes yeux
Lorsque le vent souffle sous leurs ailes

Des citronniers géants
Aux lèvres d'océan

Comme ta bouche
Lorsqu'elle embrasse mon sommeil

Des mandragores de dunes
Aux figures changeantes

Comme ton visage
Lorsqu'il est source et reflet



Il y a dans ma poitrine

Des fossiles de sel
Aux silhouettes d'archange

Comme tes mots de nacre
Lorsque, le soir, ils reposent dans mes mains

Des fougères immobiles
Aux silences de givre

Comme tes silences obscurs
Lorsque ma besace se vide de tes baisers

De vastes fleuves
Aux estuaires en fleur

Comme ton corps
Lorsqu'il s'ouvre à la nuit


Il y a dans ma poitrine
Les frissons glacés
D'un vieillard qui vient
Et qui enterre son coeur.







Rumeurs des Jours et de la Nuit (47)

On  perd la précision des formes
Et les lignes qui cernaient les choses
Ont quitté leur sillage
Entremêlées dans les chastes entours
L’informe a dégradé les significations du jour.

Seul le proche témoigne encore
Du  scrupule du net, de l’exact, du fidèle
Le retrait du monde s’opère sans débâcle
Il s’efface avec le flegme du grès et la paix
Fixe la sève des  vignes blanches.

Aussi le drame se glace et
Le chagrin s’empare des masques
La perte de toute consistance,
La dormance  de la semblance
Comme une distraction temporaire du faux.

Dans ce brouillard, les voix se croisent
Sans se voir,
Dans cet effacement des lisières
Des lèvres sans paroles naissent du deuil
Des ventres magnétiques.