lundi 20 avril 2015

Ombre du Monde (20)

Des témoins dignes de foi rapportent avoir vu des anges dans les cieux. La croyance aux Anges est une chose ancienne qui, déjà à l’époque, n’avait plus la moindre influence. Il n’empêche : plusieurs personnes, et ce,  à plus d’un endroit, témoignèrent de la même vision : dans un ciel bouleversé, des archanges célestes s’entredéchiraient à coups d’épées et de lances ; certains, les ailes coupées, s’abattaient,  mourants sur le sol, alors que d’autres, perdant seulement quelques plumes,  rejoignaient néanmoins leurs premières lignes. Il est clair que l’on voulut éviter toute panique : ces témoins disparurent complètement. Pourtant, les rapports de police  les présentent comme des personnes saines d’esprit, rationnelles et sans rapport avec aucune forme de religions ou de superstitions.
Alors que des masses d’air instable se formaient un peu partout dans les nuées,  alors  que la troposphère vomissait une chaleur humide et que de gigantesques cumulonimbus surplombaient le monde dans la menace permanente du feu et de l’eau, et pendant que l’énergie potentielle de convection disponible allongeait ces nuages verticaux vers les espaces infinis, que des foudres éventuelles retenaient encore un instant leurs violence, à La Pairie, on organisa une lecture dont on eût longtemps encore à parler. C’était avant et après l’Evénement. Un phénomène nouveau semble cependant apparaître à ce moment du processus. Dans certaines annexes, on signale  en effet que se faisait parfois entendre le bruit que fait un siphon lorsqu’il est encombré alors que d’autres  parlent plutôt du son que rend une chasse d’eau lorsqu’on la tire. Mais tous étaient d’accord pour affirmer que ces bruits  emplissaient  par moment toute l’atmosphère. Et si cela  peut  faire sourire, le contexte dans lequel ces bizarreries surgissaient les  rendait plutôt alarmantes.    Mais, au Pays Morève, on continuait à cultiver les esprits.

Un séminaire !

Or, il arriva qu’un jour, Antoine, au cours de ses balades sans but, se retrouva à La Pairie-sur-Iv. Et c’était la première fois depuis l’effroyable nuit qu’il y revenait. 
N’eussent été les bâches colorées encore posées sur quelques toits et quelques façades toujours en réfection, la petite cité paraissait n’avoir gardé aucune trace sérieuse de la tempête  Antoine s’arrêta et se gara non loin de la petite place qu’il gagna à pied. Celle-ci était déserte. Il s’approcha doucement de la petite église St. Job et, doucement,  plein du souvenir douloureux, il en poussa la porte vitrée. A l’intérieur, de nombreuses affiches attestaient de l’activité culturelle qui s’y déroulait ; sur un des murs, un peu à l’écart, on avait apposé une plaque commémorative rappelant le tragique événement. Au fond, quelques personnes discutaient autour d’un café, d’autres s’interpellaient de loin, d’autres encore traversaient la salle en soutenant ce qui paraissait être des éléments de décor, certaines, isolées, lisaient tout bas un texte mystérieux.

C’est au moment même où Antoine reconnut Tuz que celui-ci leva les yeux vers lui. Il le remit immédiatement. Comment allait-il donc ? Oui, cela avait été terrible, on avait du mal... (Quelle tristesse ! Quelle perte ! Non, vous êtes trop nouveau ici pour vous en rendre bien compte. Cet homme avait fait tellement...)Le deuil...Il faut du temps... (Vous savez, dans ces cas-là, on tombe vite dans les clichés...Seul le temps...). Imperceptiblement, ils s’étaient rapprochés de la petite stèle et lui faisaient maintenant face...Un homme mort comme il avait vécu...debout...Et comment madame se portait-elle... ? (Et Madame ?) . 
Il avait toujours cette tenue négligée avec cet air si peu soigné, si peu frais, avec cette barbe hirsute, ce ventre proéminent,  qui lui cachait la ceinture en la recouvrant. Il sentait un peu le vin et avait cette manière faussement naturelle de vous adresser la parole à la deuxième personne du singulier, en vous en demandant l’autorisation certes, mais de cette manière brusque, sans distance, qui force l’interlocuteur faible à accepter cette subite accointance, cette offre bienveillante de camaraderie fraternelle...alors, une fois rassuré, dans un double mouvement coordonné et alternatif, il  haussait et abaissait  la pointe des pieds, plaçait ses deux mains dans les poches arrière de son inévitable jeans et vous parlait comme cela, dans l’attitude de celui qui refuse le chichi protocolaire, qui, justement, parce qu’il le refuse, à des choses importantes, toujours, à dire. Précisément, c’est parce qu’il ne payait pas de mine, ou qu’on  ne le dirait pas, qu’il tentait de montrer, en faisant justement semblant de la cacher, toute l’étendue de son esprit, de sa culture et de son intelligence.
C’était cela qu’on appréciait chez cet homme, c’était ce franc-parler dont l’époque avait tant besoin.
Oui, il savait, l’enseignement, c’était dur maintenant, difficile, avec une population déstructurée, perdue,...Oui...oui...l’enseignant, pris entre des élèves qui n’en fichaient plus une et des directives administratives inconséquentes. Il savait...Lui-même avait été enseignant...peu de temps...Le temps de se rendre compte..(«  Tu sais, j’ai été prof aussi, pas longtemps, c’est vrai,... »)...Mais il avait eu...disons...le sens, le pressentiment.... (« Je l’ai senti très vite »). Il devait avoir une cinquantaine d’années, peut-être moins, le visage un peu rougeaud. Cela devait être un sanguin même si son comportement affable et sans façon pouvait laisser deviner le contraire. Et madame, que fait-elle encore ? Ah architecte... (« Ah oui, architecte, j’avais oublié »). Mais maintenant, il se rappelait («  une bien jolie dame »)...Et toutes ces constructions, toute cette ruralité qui partait à vau-l’eau...Il fallait bien s’occuper des gens, n’est-ce pas....Tu t’intéresses à la littérature... ? (« Alors tu as de la chance aujourd’hui... »)

Antoine avait de la chance : il se déroulait un séminaire sur la littérature et si les exposés théoriques, linguistiques et sémiologiques avaient déjà eu lieu, néanmoins, après cet entracte de la session pendant lequel il était arrivé, il restait encore la lecture de textes. (« Ce qu’il  y avait de plus essentiel »), c’est en tout cas ce que Tuz préférait, car les théories, c’étaient bien beau, («  Les théories, tu sais, moi... ») tandis que l’écriture immédiate et sa lecture, c’était quand même l’élémentaire, la base, à condition qu’elle ait lieu précisément dans ce genre d’endroit, à l’écart des grands marchés littéraires, loin du grand bizness (« Il faut retrouver le sens des petites choses »). Comme Antoine s’en était déjà rendu compte lors de leur première rencontre, Tuz avait des idées nettes sur la création, c’était dans les petites structures, dans les petites formes que la poésie avait encore un avenir possible...Dans les petites maisons...La poésie, c’était au quotidien, dans les villages, les rues mêmes, pas dans les métropoles, avec tout ce cirque médiatique...

(« Les grosses boîtes, tu vois, c’est fini, faut retrouver le senti, le vécu, vivre sa poétique ;  moi, je ne vois rien d’autre. Le poète, tu vois, c’est quelqu’un comme tout le monde, pas un individu éthéré. Le poète, faut plus le vénérer, le poète qui s’occupe de son jardin, de ses petites fleurs, on en a plus rien à fiche, hein ! De la solidarité, de l’amitié et un solide sens social, voilà ce dont a besoin la littérature, c’est cela retrouver la plume, hein, je dis bien la plume. Tu prends un verre ? »). Une bonne et franche bourrade dans le dos d’Antoine pour l’empêcher de refuser.

La salle de lecture était au sous-sol. Ancienne cave, plus longue que large, éclairée par de petits spots en indirect, le plafond voûté et assez bas, une petite scène, dans la pénombre, attendait les lecteurs ; quelques chaises seulement étaient occupées, il n’y avait pas plus d’une vingtaine de personnes, la plupart relativement âgées. Dans cette atmosphère feutrée et adoucie, acoustiquement isolée, on ne s’autorisait que des paroles à voix basses, des chuchotis réservés, des murmures inaudibles. 

Sur la petite scène se tenait maintenant Tuz qui, micro en main, présentait les intervenants parmi lesquels se trouvait un invité de marque, poète-écrivant,reconnu dans la région pour avoir publié quelques plaquettes dont on avait parlé dans la presse locale, ce qui suffisait largement pour en faire un artiste de renommée internationale. Cependant, il fallait attendre : avant lui, c’était aux participants de l’atelier d’écriture de lire les résultats de leurs travaux.  

Il fit le bilan de ces quelques mois passés ensemble, rappela les étapes importantes de ce cheminement ainsi que l’impérieuse exigence d’avoir foi en l’écriture et, partant, d’avoir la conviction profonde de son indispensable pratique, certes de seconde nécessité dans l’ordre des besoins physiologiques, mais de première dans l’ordre du développement spirituel puisque lecture de soi, l’écriture participait d’un vaste mouvement de libération et d’expression à l’heure où tout un passé, se figeant dans le marbre du temps, offrait aux enfants des hommes un avenir sans racine. Cela continua comme ça pendant un bon quart d’heure et finit par l’hommage rendu à ces citoyens qui,  récusant l’aquoibonisme d’ambiance, se rebellaient de la plus belle manière qui fut, par le travail sur soi. Après les applaudissements, on passa enfin aux lectures.

Il y avait là des personnes relevant de l’aide sociale, qui n’avaient jamais écrit que des textes utilitaires,  visages marqués aux rides souffrants, plus heureuses d’être vues enfin qu’entendues ; quelques autres, plus lettrés, qui prenaient pose littéraire, d’autres encore, amis ou familiers venaient encourager les lecteurs. Tous les textes tournaient autour du thème de la « source » : (re)trouver l’ori-gine (décelable seulement à la fin comme le soulignait un texte), la source-mère, la source-terre-mère (et ainsi l’évocation des correspondances avec le cosmos comme le suggérait une autre lecture), (re)trouver donc l’unité, atteindre à l’harmonie et bâtir une nouvelle communauté de sentiments, oublier ce qui fait mal, aimer...

Dans les premiers rangs, on se congratulait, on se complimentait dans des réjouissances bon enfant. Et, reconnaissons-le, on oubliait ainsi  un peu le présent. Pendant ce temps, venu pour le professionnel, la petite cave s’était peu à peu remplie d’un public spécialisé, techniciens de la culture, payés depuis longtemps pour penser, pour réfléchir et évaluer ; savants autodidactes ou admirables professeurs d’université qui n’avaient jamais quitté l’école, adeptes de l’érudition œdipienne à l’abri dans de douillettes et provinciales Alma Mater, admirables  enfances qui habillent un égo rapace des vertus académiciennes au cours de désespérantes carrières où la connaissance n’est que le leurre dont l’instinct s’est affublé. Dressés par le gène et l’utérin, à peine responsables comme tout un chacun,  ils comprirent très tôt et n’eurent par conséquent aucune peine à saisir l’intelligence stratégique de leurs géniteurs, pour la plupart issu du même œuf  : à côté de la valeur, s’imposaient généralement les nécessités institutionnelles de la faveur, laquelle garantissait à la fois  la répartition  des savoirs et  la conservation sans faille de la maîtrise des facultés dans un système fermé où la grâce transcendait la force. Il y avait aussi quelques notables  qui trompaient  leur impatience par un bavardage de plus en plus indiscret au point que les derniers textes furent presque complètement recouverts  par un papotage abondant et ininterrompu. Comme il devenait impossible de suivre les aèdes amateurs même en y prêtant l’oreille la plus attentive,  il ne restait plus qu’à en finir le plus rapidement possible  afin d’effacer la confusion, la honte et l’embarras que ce sentiment, ce jugement  d’inexistence porté sur autrui, fait habituellement naître chez tout un chacun : en effet, qu’on voulût ou non s’en fâcher ou s’en amuser, chacun pouvait constater combien le mépris de ce lâche brouhaha, cette mise à l’écart verbale,  signait un ordre d’expulsion sans en donner ouvertement les raisons. Ainsi, les derniers textes furent expédiés, dans une lecture rapide et inarticulée.

Ainsi, enfin, vint  le tour du poète. 

Tous, alors, se turent et les visages firent composition. On arrivait aux choses sérieuses. Après une brève présentation où il insista sur la grande qualité des textes qu’il venait d’entendre, il passa aux avertissements : si la poésie était avant tout affaire de musicalité, de sonorité, d’inventions syntaxiques et grammaticales, si Elle était souffle, Sensation - et non signification – elle avait aussi avoir pour mission en ces temps troublés dont nous connaissons tous les gigantesques enjeux, d’associer les démarches artistiques aux comportements citoyens, de croiser l’imaginaire politique à la créativité esthétique, de former une unité symbiotique, c'est-à-dire, en quelque sorte, de coiffer « le chef de Danton du chapeau de Magritte ». 
C’est un public ravi et  conquis d’avance, qui accueillit ces paroles sensées. Tuz, assis dans le public,  opinant du bonnet, continuait à acquiescer démonstrativement de la tête aux propos du poète alors qu’il commençait sa lecture :

« From froment sperme de mots maux males stroem torche cul du poète
l'english qui mangea viscère 
(silence) et rut de ruth perforée anus vidé de fosse
et rien nez bouche (s)gorge (s)et oreille (s) pénètre toujours (et enfin) le spectre 
de verge longue troncher chier aux catacombes de Saint H avec  sang menstrues(silence) la vérité du (silence) scrotum éternelle en rue et en rigole et le poète qui conchie monde et veaux vaux saoul et par le mont de la chèvre cri fureur sodomite en peine pine pine pine pine
qui lèche lèvres en feu en attendant pied debout le poète de l'orteil le poète incarné
si...(x) »

Et après un silence un peu plus long que les autres : « Le poète voleur de chevaux et qui tranche lame dans les couilles » etc etc  etc...

Cela dura une bonne demi-heure et Tuz, qui n’avait pas cessé de continuellement adhérer, fut le premier à acclamer l’artiste, entraînant à sa suite les exclamations d’un public pourtant resté muet un petit moment, mais qui se décida résolument pour l’engouement. Ces textes faisaient partie d’un petit ouvrage que leur auteur venait de publier aux Editions de la Pairie, « Les Dindons du Septentrion » et qui s’accompagnaient d’une petite exposition au vernissage duquel le public était maintenant convié. L’artiste était en effet polyvalent : faire communiquer les domaines, les nourrir de ce qui leur sont étrangers, briser les clôtures, creuser des terriers, bafouer les territoires, penser l’impensable de l’impensé de l’être pensé (penser comme sans y penser), ...Et surtout lutter, lutter, lutter de toutes ses puissances créatrices contre l’oppression politique, économique, religieuse, Signifiante, etc etc... (C’était d’ailleurs le passage préféré des Ediles locales dont les idéales jeunesses s’étaient naguère inscrites dans ce rayon). Antoine était abasourdi ; somnambule ébahi, il se mit à la recherche d’un verre, se déplaçant parmi de petits groupes (« ...une esthétique nouvelle...le rapport nécessaire entre le politique et... la force du ton...la rigueur du rythme... »). Et il cherchait toujours, entendant des bouts de phrases, à gauche, à droite, (« ...arracher le mot à son enveloppe...une œuvre progressiste...construction d’un lien social poétique... »). Et puis les toasts (« ...aux mots !...»et l’artiste au milieu de tout cela, navigant d’un groupe à l’autre, modeste dans le triomphe, pour repréciser sa pensée, calibrer ses raisonnements, accueillir surtout les hommages avec le tact de celui qui sait qu’il les mérite. Et puis, aussi, encadrés par les animateurs,  les amateurs, qui, à peine entrés en fiction, et dont c’était la première mise à épreuve publique, recevaient les miettes dorées de cette gloire locale.                                                                                                                                                                                                              Et puis Tuz, près d’une hôtesse sexy, badinant, un verre à la main l’autre sur son épaule, satisfait, qui lui fait signe...Comment donc avait-il trouvé cette lecture ? (« Allez ! Dis-moi, tu as aimé ? C’était bon, hein ! ») Bien sûr, il ne fallait pas s’attacher à l’histoire littéraire mais rompre avec elle, seule condition pour être capable de goûter au plaisir du mot, du rythme surtout...Avait-il remarqué la rigueur du rythme... ? Cette saccade pour ainsi dire physique...mmmhh... ? («  Quoi ? Mais voyons, tu dois laisser tomber les conditionnements culturels, voyons...Au moins tu as senti cette force rythmique, ce côté physique, cette présence... C’est provocateur, quasiment révolutionnaire, non ?»). Non, Antoine avait eu du mal... (« Euh... »)...Oui sûrement par manque d’habitude aux sonorités nouvelles de la poésie contemporaine...Et ce refus des règles même de ponctuation...Quel courageux rejet du sens de l’harmonie et de toute transcendance signifiante...mmmhh... ?...Ah il ne regrettait pas de l’avoir publié... («  Ah ça non, je ne le regrette pas ... »). Et ce public, ravi, enchanté... (« Et ce merveilleux public... »).

Pendant tout ce discours, Antoine, qui sentait chez son interlocuteur une tournure inadéquate, approximative, surtout péremptoire,  et tout en désaccord qu’il fût, resta sur sa réserve, plus impressionné par l’avis majoritaire que par son argumentaire. Alors il se taisait, comme c’est souvent le cas chez les natures qui allient une grande qualité de jugement à la peur de déplaire. Mais Tuz ne le lâchait pas et comme s’il le devinait...Vous devriez venir...Ecrire, c’est aussi le respect d’autrui, c’est accroître la confiance en soi...Ne vivons-nous pas une époque où il faut s’exprimer. (« Exprimez-vous ! Parlez ! Mais parlez !! »). Arrivé au moment où il se sentait devenu incapable de donner le change, où, tout absorbé par la présence physique de Tuz qui s’approchait très près en le fixant intensément de son regard marin, il n’entendait plus que des bribes, hochait la tête un peu au hasard, ne trompant personne, arrivé donc à ce moment où l’esprit se vide de tout pour devenir un chaos de néant qui convoque le corps à la fuite, Antoine, voyant la petite salle se vider peu à peu, en profita pour suivre le mouvement, plantant là de manière un peu cavalière son interlocuteur qui pût encore lui dire vivement...mais venez donc...on vous attend... («  C’est ouvert la semaine et le samedi avant-midi »). Dehors,  les autres, sortis de la petite cave, retraversèrent la place pour rejoindre la partie la plus ancienne du Foyer Lieuvain. 

Antoine eut enfin un peu de temps pour remettre ses idées à l’endroit. Ces textes, pour lui, n’étaient pas mal écrits, ils n’étaient même pas écrits et la répétition des mots comme « sperme », « lécher », « cul », « menstrues », voire « poète » indiquait la marque d’une imagination à bout de souffle pour autant qu’elle n’ait jamais été dans un autre état et il s’étonnait d’avoir vu Tuz, qu’il connaissait à peine il est vrai, s’enthousiasmer pour cette forme étonnante de l’escroquerie intellectuelle.

Il n’eut pas le courage ou la grandeur d’âme de se rendre à l’exposition, « Les regards de Narcisse »,  qui consistaient en cinq ou six longues tables de bois sur lesquelles avaient été posés de grands miroirs nus, le tout accompagnés de vidéo où le polyartiste exprimait le sens et l’origine de son œuvre. Par conséquent, comme un peu ivre, il sortit et se dirigea vers sa voiture dont il ouvrit la porte. A ce moment, un bruit, le bruit d’un siphon, le bruit d’évacuation d’eau dans un siphon encrassé, se fit entendre. Interloqué, il referma la porte puis l’ouvrit à nouveau. Il répéta le même geste. Rien n’y fit : ce bruit persistait, un bruit d’aspiration et de glougloutements, ce son que rendent des canalisations mal entretenues et qui ne venait de nulle part.

Il jeta un regard au ciel gris et lourd, entra dans sa voiture et démarra.


5 commentaires:

  1. J'acquiesce et je corrobore: ça se passe VRAIMENT comme cela! Mais Antoine est jeune. Quand il aura mon âge, il écoutera les néophytes, par sympathie (et aussi parce que peut-être il aura l'audace de les conseiller) et tournera les talons au premier mot du "professionnel", sans se soucier de l'impact négative que son absence suscitera. Ah! L'expérience!!

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  2. Négatif, évidemment!

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  3. J' adore !!!
    Vraiment, ce séminaire, je m' en lasse pas.. :)

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