vendredi 15 mai 2015

Les Confins : Aux digues des lointains se recouvrent les nuits...(9)

Choeurs de terre et de mer, chants d'algues et de blés, psaumes des prairies et des champs ! Coryphée aux timbres de ruines et de renaissance ! Où là, herbes transparentes, ciel dénudé et souffle errant, tu  brises ton âme, hôte des miroirs qui embuent les reflets de ton image. Plus puissant et plus rugueux encore que l'arête des paroles qui s'échappent des venins en fleurs, il te faut regagner le feu des jours pour avoir dans une couche nuptiale oublié l'embryon de nuit qui t'avalait en un duel infâme. Là tu joueras ton destin de mer ardente. Il n' y a plus de soirs qui t'absorbent de leurs hauteurs vaines, et ces ténèbres brumeuses auxquelles tu t'accouplais si souvent ont déchu de leur rang pour ceindre d'une couronne de bave les marécages de tes rêves de sang.

Et dans ces jours qui se répandent, point de sources suppliantes où ta bouche enfin béante ne puisse voler le suc des plaines déployées sous les chimères bonhommes qui maintenant t'enfantent. Comme l'enfer était mauvais juge qui disait n'être que le lit unique où s'étirent les ans. Ses flammes gelées entendent seulement les proies qui ne veulent qu'être sans n'avoir plus à être. Et leurs pinces, et leurs crocs, et leurs mandibules infectées qui buvaient la plèvre dans ta poitrine lourde, des aspirations de semailles sèches pour des fureurs aux chaleurs stériles. Aujourd'hui, le ventre pourpre des marées lissent le sel de ta peau de ses feuilles d'ombre et plante dans le terreau de ses vallées une alliance féroce qui te marie aux confins du proche et du contigu. Tu naîtras ainsi dans des Gange nouveaux, dans les matins anciens qui aveuglent le temps.

Les Confins sont ceintures de feu où parlent les miracles, boucles d' aubes où s'inquiète la raison, demeures qui, au loin, te hèlent, t'exilent et te rejettent, légions des mers vierges qui scellent les exodes dans l'immobile calligramme de tes cercles.






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