samedi 25 octobre 2014

Chemins de la villes basses (14)

Alors c'est simple. Je me lève et traîne dans la maison. Je vais dans la cuisine, puis dans la salle de bain ou plutôt je suis dans la salle de bain puis me dirige dans la cuisine où je tire les tentures et fais la vaisselle mais en fait non je sors de mon lit, tourne dans ma chambre et tire les tentures de la salle de bain avant de me rendre à la cuisine où je récure l'évier avant de retourner dans ma chambre où je referme les tentures pour me rendre dans la salle de bain qui donne sur le salon je m'assieds d'abord dans le fauteuil du salon puis décide de me rendre dans la salle de bain où je récure la douche qui fuit dans la cuisine alors je veux décider quelque chose et pour cela je me rends dans ma chambre (je décide toujours couché dans mon lit les yeux au plafond mais aujourd'hui ça ne va pas alors je redescends dans la cuisine et me rends compte qu'il faut que j'astique le plan de travail car en fait j'ai déjà récuré  l'évier) mais comme je ne veux pas vraiment décider de quelque chose je reste debout dans le salon qui ouvre sur la salle de bain où j'ai oublié de prendre ma douche alors je me dirige d'un pas gaillard vers ma chambre, au premier, et prend conscience de la présence de mon lit défait que je refais illico car j'ai décidé enfin de décider de vouloir ce que je ne veux pas  et je déteste décider de toutes ces choses étranges dans un lit défait car pour ne pas décider de vouloir décider ce que je ne veux pas il me faut un lit tiré à quatre épingles et un plafond uni et sans ombre voilà que j'oublie de m'étendre et me retrouve nu sous la douche où l'eau trop chaude me rappelle cruellement que  mon salon est toujours en désordre, le salon sur lequel donne la salle de bain alors je me pousse jusqu'au salon où je m'installe dans le fauteuil et je fais comme si j'ignorais que j'y suis venu pour remettre de l'ordre ou plutôt pour installer un autre ordre que celui qui y règne déjà puis je pense que j'ai mal organisé les choses que la chambre en haut devrait être en bas et que surtout surtout la salle de bain n'aurait jamais dû donné sur le salon il aurait fallu installer la salle de bain en haut afin qu'elle donne sur la chambre et garder en bas le salon ouvert sur la cuisine alors soudain poussé par une excès de confiance je me rends dans la cuisine et regarde dans mon évier de petits vers jaunes et bleus qui sortent de la crépine les mêmes espèces d'asticots qui rampaient sous mon lit lorsque tantôt je voulais vouloir il doit y avoir un rapport entre ces petits vers colorés et cette décision d'indécision alors soudain je réfléchis intensément tellement intensément que les petits vers qui poussaient dans l'évier et ceux aussi qui rampaient sous mon lit dans ma chambre en haut qui aurait dû donner dans la salle de bain avant que je me décide rappelez-vous à ordonner le salon pas difficile d'ailleurs il n'y a qu'un fauteuil noir qui grouille maintenant de minuscules et insignifiantes larves qui laissent de petites coquilles irisées qui me font penser encore à ces vers multicolores qui intriguaient tant mon attention tendue à l'extrême à  se dire que finalement il faudra bien construire au moins un embryon de décision alors immobile et serein je referme les tentures que tantôt j'avais tirée et m'étends sur le sol de la cuisine juste sous le plan de travail où demain j'installerai mon lit refait, le fauteuil du salon, les vers, les petites larves, les tentures, l'évier et ma décision.
Ainsi jour après jour et un jour avant l'autre je m'interroge sur le sens qu'a pris la maison où j'habite et pourquoi je ne veux y voir personne sinon les revoir dans la salle de séjour de la pensée (là où règnent les vers et les larves) et la nuit c'est pire vu que je ne dors pas beaucoup à force de me demander pourquoi je me demande toujours ce que je dois ne pas décider et surtout comment le lendemain et le lendemain du lendemain j'organiserai une nouvelle journée afin qu'elle soit complètement différente de celle qui la précédait et dans laquelle pourtant je vis encore.
Watt ?

6 commentaires:

  1. Vous savez quoi? Je me sens tout à fait bien chez vous. C'est pourquoi je me garderais bien d'aller sonner à votre porte. Et je crois que si vous l'ouvriez, votre porte, je m'enfuirais en courant puis je reviendrais sur la pointe des pieds pour essayer d'entendre si vous dormez bien.

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    1. Michèle, il n'y a pas de porte d'entrée, juste un rideau blindé, un beau rideau, un beau rideau tout gris avec des étoiles partout, mais un rideau blindé.

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  2. Ah ah ! Le coup du grand ménage dehors qui ferait tout aussi tout propre dedans et rangé le désordre grouillant sous nos crânes.. :))

    J' aime bien ce texte..
    Il m' arrive aussi d' errer dans ma maison comme dans un ventre qui tantôt me caresse et tantôt me vomit.

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    1. Elle te vomit certain soirs d'orage si je ne m'abuse, ouou le vent dans les soupentes...

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  3. Je ne crois qu'en la précision du flou.

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